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Dr Christophe Prudhomme « Un métier fantastique, mais une vraie pénibilité au quotidien »

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Médecin urgentiste au SAMU 93 (Bobigny) depuis 1987, le Dr Christophe Prudhomme se bat pour la défense de la médecine d’urgence, et de la médecine tout court. Porte-parole de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF), il dénonce la dégradation des conditions de travail dans les services. Et nous explique pourquoi, selon lui, la réforme du 3ème cycle n’est pas adaptée à la médecine d’urgence.

-Quand et pour quelles raisons avez-vous décidé de faire médecine ?
-  Au lycée, je n’avais pas encore d’idée précise de ce que je voulais faire et je me suis orienté vers Maths Sup. Mais au bout d’un an, ça ne me plaisait pas. La médecine m’intéressait, pour la diversité des activités qu’elle permet et la perspective de contacts humains. Je ne me voyais absolument pas passer ma journée seul dans un bureau ! Je me suis inscrit à la faculté de Necker, où le cursus de médecine était très axé sur les matières scientifiques (physique, chimie, biochimie, statistique, etc…). En sortant de Maths Sup, c’était tout-à-fait adapté pour moi.

-Pourquoi le choix de la médecine d’urgence ?
-  L’ambiance était très élitiste à Necker. Pour la plupart des étudiants, il n’était pas question de faire médecine générale : c’était pour les mauvais ! Moi, je n’étais pas du tout dans cette dynamique là. J’ai fait mes études en me disant que j’allais faire de la médecine humaniste. Le choix de la médecine d’urgence s’est fait un peu par hasard, parce que j’habitais juste derrière le SAMU 93. J’y ai fait mon premier stage en 1985, dans cette structure tout-à-fait nouvelle et dans un environnement très atypique - celui de la Seine-St-Denis- où le parti communiste était très bien implanté, y compris dans les hôpitaux. Ce stage m’a enthousiasmé : il fallait se former très rapidement. Le matin, on était au Bloc, puis en réanimation, l’après-midi au SAMU. Puis au bout d’un mois, il fallait monter dans les camionnettes du Samu et se débrouiller ! Mais c’était (et c’est toujours) un vrai travail d’équipe : en médecine d’urgence, il n’y a pas de hiérarchie comme à l’hôpital. Au contraire, le compagnonnage est très important : une infirmière anesthésiste expérimentée peut être aux côtés du jeune médecin pour intuber ou poser une voie veineuse.

-Par ailleurs, qu’est ce qui vous a poussé à un tel investissement syndical ?
-  Déjà, à 14 ans, au moment de la réforme Haby [loi dite du collège « pour tous », basée sur la gratuité du secondaire, ndlr], je militais au sein de l’Union nationale des comités de lycéens. En arrivant à Necker, je suis naturellement devenu militant syndical et politique. Sur notre panneau, j’affichais l’ « Humanité » tous les jours ! Pendant mes études, j’ai rencontré un certain nombre de médecins très investis syndicalement, et qui arrivaient à concilier leur métier et leur engagement syndical, et cela forçait mon respect. Ensuite, en 1987-88, au début de la structuration de la médecine d’urgence, il nous a fallu beaucoup de volonté et de force de persuasion pour nous imposer auprès des médecins conservateurs, qui -en ville comme à l’hôpital- nous considéraient comme des moins que rien.


-  Régulièrement, les urgentistes tirent la sonnette d’alarme concernant la saturation des services. Quel état des lieux dressez-vous en ce début 2017 ?

-  Quand Marisol Touraine est arrivée aux commandes il y a 5 ans, il y avait 16 millions de passages aux Urgences par an, un chiffre déjà très élevé. Malgré nos alertes répétées, nous sommes arrivés à 19 millions fin 2016. Aujourd’hui, les Urgences sont reconnues comme un secteur central de la médecine, mais le reste du système de soins n’a pas évolué. Il faudrait des centres de santé avec un minimum de plateaux techniques et un fonctionnement collaboratif entre professionnels de santé. Les maisons de santé dans leur fonctionnement actuel n’offrent pas cette prise en charge. La preuve, c’est que les patients sont nombreux à venir en premier recours aux Urgences parce qu’ils se disent : j’aurais tout sur place (radio, prise de sang, etc…), ce qui n’est pas le cas en ville ! Face à un système de soins à bout de souffle, mais qui ne veut pas mourir, nous appelons à une remise en cause des fondements même de la médecine libérale : liberté d’installation, libre choix du médecin et paiement à l’acte.

-L’AMUF a-t-elle enquêté sur les conditions de travail des médecins urgentistes ?
-  Une enquête conduite en 2014 a montré une véritable pénibilité de l’exercice de au quotidien. Sur plus de 100 médecins urgentistes qui avaient répondu, 70% déclaraient travailler plus de 50 heures par semaine et 87% envisageaient de changer de métier ! Seuls un quart des médecins interrogés avaient un poste de PH. Je rappelle que ce n’est que depuis 1998 que les médecins urgentistes ont obtenu des postes à l’hôpital. Avant, nous étions seulement vacataires !
Une proportion non négligeable de médecins de plus de 50 ans se reconvertit. J’ai ainsi deux collègues qui, à la cinquantaine, viennent de se réorienter vers la gériatrie et la médecine du travail. C’est le cas aussi des jeunes femmes, qui ne se voient pas continuer à exercer le métier dans les conditions actuelles et demandent des temps partiels contraints.

-Où en est l’application de l’accord national de 2014 sur le plafonnement du temps de travail hebdomadaire à 48H dans les services d’urgences ?
-  Il est correctement appliqué dans 30% des services, et bricolé dans les autres. Certes, c’est une bouffée d’oxygène dans les services où il est appliqué et nous demandons l’application totale de cet accord. Il faut par ailleurs que le décompte en demi-journées s’applique à tous les médecins hospitaliers. Si, heureusement, une majorité de médecins hospitaliers travaillent, une minorité profite du système, leur temps de présence à l’hôpital n’étant pas décompté.
Mais les mesures sur le plafonnement du temps de travail ne suffiront pas, car les conditions de travail continuent à se dégrader. Ce qui nous pourrit la vie au quotidien, c’est de chercher des lits pour nos patients, sachant que la surmortalité peut atteindre 30% lorsque l’hospitalisation n’est pas possible rapidement. Pour tout le territoire Français, il n’y a pas plus de 40 000 médecins qui exercent effectivement la médecine générale : c’est catastrophique ! Je plains les personnes qui vont arriver au gouvernement au printemps : derrière certains panneaux « Service d’urgences », il n’y aura plus de médecins !

-Que va changer la réforme du 3ème cycle applicable en théorie à la rentrée 2017 ?
-  Nous sommes le pays d’Europe qui a le plus de spécialités et sous-spécialités médicales et où il est très difficile de passer d’une spécialité à l’autre, car chacune veut préserver son pré carré. Or, aujourd’hui, les jeunes médecins souhaitent exercer une activité variée, et passer de la ville à l’hôpital en cours de carrière. C’est la raison pour laquelle nous ne souhaitions pas la suppression des DESC et leur remplacement par les DES, car cela n’offre pas assez de souplesse. Nous souhaitons le maintien de grandes spécialités (médecine, chirurgie…), complétées de compétences qui puissent être validées en cours de carrière. Nous appelons à une autre réforme du troisième cycle car la hiérarchie entre spécialités telle qu’elle existe aujourd’hui n’est pas acceptable. Je n’accepte pas qu’un radiologue en ville -qui a un boulot beaucoup plus simple que le mien et qui gère son cabinet en amortissant son matériel de radiologie- gagne trois fois plus que moi. La médecine générale est la spécialité qui doit être revalorisée, tant en ville qu’à l’hôpital.


-  Quels conseils donneriez-vous aux étudiants souhaitent se lancer dans la médecine d’urgence ?

-  La médecine d’urgence reste un métier fantastique, encore en pleine évolution, on l’a vu récemment avec les attentats. Les progrès techniques ont été très importants. Nous, urgentistes, avons été les premiers à dire que le stéthoscope du 20ème siècle serait l’échographe. Aujourd’hui, les nouveaux échographes font la taille d’un téléphone portable ! Il est primordial de se former aux techniques modernes d’échographie. Par ailleurs, il faut avoir des qualités relationnelles et une grande capacité d’analyse des situations et de prise de décision immédiate. Pour les stages, l’idéal est d’en avoir le plus possible dans les services d’urgence, de réanimation, de gynécologie, et dans les SAMU.
Propos recueillis par Sophie Cousin

BIO EXPRESS

-  1986 : Thèse de Doctorat : « Secours d’urgence aux enfants : intérêt du Centre 15 (Expérience en Seine Saint-Denis) ».
-  1988-90 : Urgences médico-chirurgicales de l’hôpital Avicenne (93)
-  depuis 2000 : praticien hospitalier (temps partiel puis temps plein) au SAMU 93
-  1993 à 2001 : chargé de cours à la Capacité d’Aide Médicale Urgente de la Faculté de Médecine de Bobigny
-  depuis 2005 : Membre de la Commission exécutive de la Fédération CGT de la santé et de l’action sociale
-  depuis 2008 : membre du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie

Pour en savoir plus :

-  amuf.fr : le site de l’Association des médecins urgentistes de France
-  http://www.samu-de-france.fr/documents/actus/129/821/livre-blanc-sudf-151015.pdf : le livre blanc de la médecine d’urgence
-  http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/154000491/index.shtml : le rapport de JY Grall sur la territorialisation des activités d’urgences (2013)

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