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Anne-Marie Curat, présidente de l’Ordre des sages-femmes : « Les sages-femmes sont encore trop invisibles ! »

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A la tête de l’ordre des sages-femmes depuis 2017, Anne-Marie Curat a derrière elle une longue carrière de sage-femme cadre et d’enseignante. Sélection trop scientifique, études en Belgique, universitarisation de la profession... elle fait le point sur les conditions de formation actuelles. Et plaide pour une ouverture plus large des plateaux techniques et des moyens supplémentaires pour l’exercice des nouvelles missions, dont l’IVG médicamenteuse.

-A quel âge et pourquoi avez-vous choisi sage-femme ?
-  J’ai choisi la profession de sage-femme vers 15 ans, en entrant en seconde. Les professions médicales me plaisaient, mais je n’avais pas envie de m’engager dans des études trop longues. Ma mère m’a emmenée voir la sage-femme qui l’avait accouchée à domicile et j’ai été impressionnée. Par ailleurs, je suis la 9ème d’une famille nombreuse et entre mes 8 ans et mes 18 ans, toutes mes sœurs et belles-sœurs accouchaient... très vite, j’ai eu une trentaine de neveux et nièces ! Dès que j’ai pu, j’ai passé le concours d’entrée en école de sages-femmes.

-Quels souvenirs gardez-vous de vos études ?
-  J’étais de la promotion de mai 1968, à l’école de sages-femmes de Baudelocque à Paris, une promotion plutôt turbulente avec la direction ! Début juin, après une interruption de deux mois, je me suis retrouvée en salle de travail avec un cas extraordinaire. Je revois le chef de service en train d’opérer une grossesse extra-utérine et sortir un bébé qui tenait dans sa main les intestins de sa mère ! Tous les intestins se sont déroulés. C’est une situation très rare car très souvent la grossesse ne peut pas aller à terme. Il y a aussi eu des moments difficiles. Je n’ai jamais été confrontée à des morts maternelles, mais à des extractions de siège très difficiles, ainsi qu’à des morts de bébés.

-Comment va la démographie de la profession ?
-  Il y a actuellement 27 300 sages-femmes inscrites au tableau de l’Ordre, parmi lesquelles 23 000 en activité. 51 % d’entre elles exercent à l’hôpital, 30 % sont des sages-femmes libérales, 15 % exercent en clinique privée et 5 % en PMI. On note depuis une dizaine d’années une forte augmentation du nombre de sages-femmes libérales, consécutive à la fermeture d’environ 300 maternités ces dernières années. C’est devenu l’un des problèmes majeurs de l’organisation périnatale aujourd’hui en France et cela explique le mécontentement des professionnels mais aussi des parturientes. La décision a été prise d’orienter les femmes vers les structures réalisant un certain nombre d’accouchements. Mais cette réorganisation n’a pas été accompagnée d’un nombre suffisant de sages-femmes. Tout le monde parle du virage ambulatoire. Pourquoi pas ? Mais il faut alors offrir d’autres alternatives aux femmes telles que les maisons de naissance et l’ouverture des plateaux techniques aux sages-femmes libérales.

-Le numerus clausus est-il adapté ?
-  Il est stable, autour de 1 000. Il y a quelques années, certains disaient : « Il y a trop de sages-femmes ». Non, le souci n’est pas là. Elles sont simplement mal réparties. Le zonage décidé par les syndicats et la Caisse nationale d’assurance maladie est obsolète et va évoluer sous peu. Il est calculé uniquement sur le nombre d’accouchements, sans tenir compte de nos activités gynécologiques. Or, les départs en retraite des gynécologues médicaux n’ont absolument pas été anticipés et les sages-femmes assurent aujourd’hui un certain nombre de leurs missions, pour lesquelles elles sont compétentes. Résultat, certaines sages-femmes ont beaucoup trop de travail mais ne peuvent pas prendre d’associées ou de collaboratrices.

-Les étudiants hommes qui souhaitent devenir sages-femmes sont-ils de plus en plus nombreux et de mieux en mieux accueillis par la profession ?
-  La profession est ouverte aux hommes depuis 1982, mais nous n’avons jamais dépassé les 2,7 % d’hommes. Dans le service que je dirigeais, j’avais 3 hommes parmi les sages-femmes : ils étaient très appréciés par les femmes et très bien intégrés dans l’équipe ! Avant la mise en place de la Paces, certains étudiants faisaient le choix de sage-femme par vocation, mais ils étaient peu nombreux. Le plus souvent, ils choisissaient sages-femmes parce que les places en médecine ou dentaire étaient déjà prises. Depuis la Paces, qui les oblige à une inscription ciblée aux concours qu’ils veulent passer, le chiffre a diminué.

-Le concours de la Paces est-il adapté selon vous à la sélection des sages-femmes ?
-  Je déplore que la sélection soit exclusivement scientifique, et ce pour l’ensemble des professions médicales. Quand j’ai fini mes études en 1970, de nombreux médecins venaient de la voie littéraire. Cela offrait un humanisme aux professions médicales, qui s’est un peu perdu à mon avis. Dans les années 1990-2000, j’ai eu dans mon équipe des sages-femmes qui étaient très pointues sur les actes techniques, moins sur la physiologie. Je pense qu’il faut revoir cette sélection afin qu’elle ne soit plus axée uniquement sur les compétences scientifiques.

-Combien d’étudiants partent en Belgique faire une école de sages-femmes ? est-il difficile ensuite d’obtenir une reconnaissance de son diplôme ?
-  En 2017, 146 sages-femmes formées en Belgique (parmi lesquelles 133 de nationalité française) ont demandé leur inscription à l’Ordre en France. Ces chiffres sont stables depuis plusieurs années. Ce sont des étudiants qui s’inscrivent directement en Belgique ou qui ont échoué à la Paces. Pour que les diplômes soient reconnus entre pays européens, il faut impérativement un quota minimum d’heures de formation de sages-femmes. Or, certains étudiants reviennent par exemple de Belgique avec des cursus de 2 ans infirmier et 2 ans sage-femme et nous sommes obligés de demander la reconnaissance de leur diplôme. Les formations sont différentes : les étudiantes françaises sont calées pour les gestes hyper-techniques ; les étudiantes belges ont plus de connaissances sur la physiologie d’un accouchement normal. Mais très rapidement, avec quelques années de pratique, ces écarts de compétence sont lissés.

-Où en est l’intégration de la filière de formation sage-femme à l’université ?
-  Depuis la loi HPST, il y a déjà eu des améliorations, notamment la reconnaissance du grade master pour les sages-femmes diplômées depuis 2013. Depuis la loi de santé de 2016, les étudiants sages-femmes ont le même statut que les étudiants en médecine (carte étudiante, accès au Crous…). Prochaine étape : le passage des écoles de sages-femmes vers les universités. La mutualisation de certains cours est déjà faite par endroits. Mais nous craignons que cette universitarisation ne s’accompagne d’une diminution de nos budgets de formation. Les enseignements théoriques - qui sont d’excellent niveau - seront maintenus. Il faut que nos nombreux stages pratiques le soient aussi. Se pose aussi la question du statut des enseignants. Une mission conduite par Stéphane Le Bouler est en cours au ministère.

-Les sages-femmes ont-elles les moyens nécessaires pour exercer leurs nouvelles missions ?
-  Pour la vaccination et les substituts nicotiniques, il n’y a pas trop de difficultés. Les sages-femmes sont autorisées depuis 2016 à vacciner l’entourage de la femme et de l’enfant pendant la période post-natale (8 semaines contre 28 jours). Elles peuvent aussi désormais prescrire des substituts nicotiniques à toutes les personnes qui vivent dans l’entourage de la femme enceinte ou de l’enfant. En revanche, l’application est beaucoup plus difficile pour l’IVG médicamenteuse. Pour pouvoir la prescrire, une convention de partenariat doit être signée avec un hôpital ou un centre d’IVG partenaire ; malheureusement, beaucoup de directeurs refusent cette signature. Il y a par ailleurs un problème pour l’ouverture des plateaux techniques aux sages-femmes libérales, quand une femme souhaite être suivie du début à la fin de sa grossesse par la même professionnelle. Seulement une cinquantaine de maternités offrent cette possibilité, c’est trop peu !

-Cet élargissement des compétences est-il suffisant selon vous ?
-  La profession est globalement satisfaite. Les sages-femmes doivent retrouver leur place de professionnelles de santé référentes pour les femmes et les familles, au même titre que le médecin généraliste. Néanmoins, nous souhaiterions que nos compétences soient mieux connues. Par exemple, très peu de femmes savent que nous pouvons effectuer des frottis. Avec le suivi gynécologique de prévention, nous pouvons désormais suivre la femme tout au long de sa vie. Nous travaillons sur d’autres augmentations de compétences, que nous espérons obtenir prochainement : la vaccination des nourrissons et le dépistage des MST chez les hommes.

-Quels conseils donnez-vous aux étudiants intéressés par la maïeutique ?
-  Je veux leur dire qu’il est préférable de faire leurs études en France et je les encourage à passer le barrage de la sélection. Par ailleurs, je pense qu’il est essentiel de mieux connaître les compétences des sages-femmes, en allant rencontrer des professionnelles libérales ou hospitalières. Sachant que le plus important, c’est ce que nous faisons en autonomie et indépendance et non pas sur prescription médicale !

Propos recueillis par Sophie Cousin

Bio express
-  1970 : diplômée de l’école de sages-femmes de Baudelocque ;
-  1982-84 : certificat cadre sage-femme à Dijon ;
-  1970-2009 : Centre hospitalier intercommunal des vallées de l’Ariège. 14 ans en salle de naissance, puis cadre et cadre supérieur au pôle mère/enfant ;
-  1985-2005 : enseignement obstétrique en IFSI et ESF ;
-  2007-2014 : enseignement législation professionnelle, échographie et vaccination ;
-  depuis 2002 : élue au Conseil national de l’ordre des sages-femmes ; présidente depuis octobre 2017.

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