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J’ai soutenu ma thèse, mais je n’ai pas le droit d’exercer la médecine

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Michèle a eu 40 ans cette année. Depuis 2010, elle n’a plus le droit d’exercer la médecine. Elle raconte son parcours kafkaïen pour faire valider sa thèse et la soutenir après la date limite de fin 2012. Malgré sa persévérance, son université ne lui a toujours pas remis son justificatif de soutenance. Comme elle, les « privés de thèse » seraient entre 150 et 300. Comment le décret paru le 30 mars dernier pourrait-il débloquer la situation ? L’analyse du Dr Sophie Bauer, en charge ce dossier au SML.

Le témoignage de Michèle, inscrite à la Faculté de Créteil en 1995, diplômée du second cycle en 2004.
« Le cauchemar n’est pas encore terminé »

« De 2005 à 2007, je fais mon résidanat de médecine générale, au CHU de Mantes-la-Jolie, au CHU de Tenon, à Melun en pédiatrie, etc.. De 2008 à 2010, j’effectue de nombreux remplacements avec ma licence, ainsi que des gardes aux urgences et dans les SAMI. Malgré un rythme soutenu pendant les remplacements, je démarre les recherches pour ma thèse, mais la Fac refuse le premier sujet que je propose et qu’elle juge non pertinent. Je dois attendre janvier 2011, après mes années de remplacements, pour que la cellule de thèse accepte ma seconde proposition ! Ce sera donc une thèse sur le sommeil des adolescents. Je rame vraiment au début car la personne en charge des statistiques ne me donne pas la bonne méthodologie pour faire mes grilles de calculs…je passe des nuits entières à faire mes calculs à la main ! Fin 2012, je reçois un mail de l’Université m’indiquant que si je n’ai pas rendu ma thèse avant la fin de l’année, il sera trop tard. Je tombe des nues et je cours voir mon directeur de thèse. Je mets les bouchées doubles et un point final à ma thèse un quart d’heure avant la fermeture de la scolarité ! J’arrive juste un peu trop tard pour la déposer et on me demande de revenir début janvier. Là j’apprends que la date est dépassée !!! Je dépose quand même mon travail mais on me dit qu’il est insuffisant pour envisager une soutenance, sans plus d’explications… Ensuite, il me faudra près de deux ans pour arriver à comprendre pourquoi ma thèse n’a pas été validée. Par téléphone, courrier, mail, personne ne me donne de réponse claire et je me retrouve dans une impasse totale. Fin 2014, je débarque dans le cabinet du relecteur de la cellule de thèse. Je repars enfin avec des instructions claires sur les modifications à apporter à mon travail. Je renvoie tout comme demandé. On est en 2015. Ma thèse est enfin validée ! Mais il est trop tard pour bénéficier de la dérogation (valable pendant deux ans) pour la soutenir. Après encore de multiples démarches, j’obtiens une date pour ma soutenance le 28 mai 2015. Tout se déroule parfaitement. J’obtiens les félicitations du jury et une médaille d’argent. Je suis très fière de moi et je m’apprête à repartir, en me disant que le cauchemar est terminé. Mais une secrétaire vient me voir pour me dire qu’on ne me donnera pas le justificatif de soutenance, le sésame pour pouvoir m’installer. Le cauchemar continue. Je prends conseil auprès d’une avocate, mais après plusieurs tentatives, la situation ne se débloque pas. J’ai trouvé du soutien heureusement auprès du SNJMG et du SML, les deux syndicats qui ont mis « les privés de thèse » en relation les uns avec les autres et se battent pour essayer de nous sortir de cette impasse. Je leur fais entièrement confiance et j’espère que le décret paru fin mars me permettra de me réinscrire dans mon Université pour enfin obtenir mon diplôme. Cela fait peu de temps que j’arrive à raconter mon histoire sans me mettre à pleurer. Aujourd’hui, tout un pan de ma vie ne ressemble à rien. La majorité de mon entourage ne comprend pas ce qu’il m’est arrivé : ma situation est inexplicable et inaudible ! J’essaie de tenir malgré tout en me disant qu’on est quand même en France et qu’un jour la situation va se débloquer pour moi ! »

Ce que prévoit le décret

Le 30 mars est paru au JO le décret « relatif à l’inscription universitaire des personnes ayant validé la formation du résidanat et n’ayant pas soutenu leur thèse »

Ce décret permet aux personnes ayant validé leur résidanat en médecine générale mais n’ayant pas soutenu leur thèse de passer devant une commission nationale où les différentes composantes professionnelles seront représentées.

Deux options seront alors possibles :
-  s’inscrire à l’université en vue de soutenir sa thèse
-  ou s’inscrire à l’université afin de valider un complément de formation du troisième cycle des études de médecine et de soutenir ensuite leur thèse.
Le décret précise que la date d’inscription en faculté est possible dès le 31 mai de cette année et que les dossiers devront être déposés avant le 28 février 2021.
Ces dispositions sont néanmoins soumises à une condition d’exercice en zone sous-dotée durant deux ans.

L’avis de l’expert
Sophie BAUER, secrétaire générale spécialiste PTL et responsable de ce dossier au Syndicat des médecins libéraux (SML)


« Sortir de ces situations ubuesques ! »

« Fin 2012, il y a eu un bug parce que les universités de médecine n’avaient pas mis à jour toutes les adresses mail et/ou postales des étudiants concernés. Résultat, certains étudiants n’ont pas eu l’information selon laquelle il fallait finir et déposer leur thèse avant la fin 2012. Certains étaient à l’étranger, en mission humanitaire, et ont découvert en rentrant qu’il était trop tard pour passer leur thèse ! Et tout le monde sait qu’en France, la règle « Nul n’est sensé ignoré la loi » s’applique de façon unilatérale et parfois arbitraire. C’est ce qui s’est passé dans ce dossier. A l’heure actuelle, 150 médecins se sont manifestés auprès du SML et du SNJMG mais on estime qu’ils sont environ 300 à se trouver dans cette situation. C’est un contingent de médecins qui avait une formation complète : c’est une situation ubuesque ! Le SML, qui a porté ce dossier sans relâche, se réjouit de la parution du décret du 30 mars qui devrait mettre fin rapidement à cette injustice. Si la commission se réunit rapidement, la moitié de ces médecins pourraient s’installer à la rentrée prochaine. Au SML, nous sommes prêts à les aider à trouver de la place dans des cabinets ou il y a des départs de médecins généralistes. Il y aura sans doute une remise à niveau pour certains. Certains vont peut-être vivre cela comme une injustice supplémentaire de devoir s’installer en zone déficitaire pour deux ans ; en même temps, des zones déficitaires, il y en a partout ! »

Pour en savoir plus sur les conditions d’application du décret

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