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« J’ai arrêté médecine en quatrième année » : la youtubeuse qui affole le web médical

De nombreux étudiants arrêtent leurs études de médecine chaque année. L’Ordre des médecins estime à 25 % le nombre d’étudiants qui n’exercera pas ce métier. Le tabou autour de ce choix persiste, mais de plus en plus d’étudiants le revendiquent aujourd’hui en mettant en exergue les raisons d’une telle décision, notamment le stress et la pression subie tout au long du cursus. Retrouvez les avis sur ce sujet sur le forum de remede.org

Tapez santé, médecine, études, paces… Sur youtube et vous serez éberlués par le nombre de résultats obtenus. Plus de 500 000 posts concernent ces sujets. Parmi leurs auteurs certains se sont forgé une solide réputation de comiques, de pourfendeurs de la santé, d’autres et font régulièrement le buzz.

Laura est une Youtubeuse reconnue, sa chaine AsWeAreFit est suivie par plus de 22 000 personnes. Elle a récemment fait le buzz avec sa vidéo intitulée « J’ai arrêté médecine en quatrième année », avec plus de 200 000 vues en quelques semaines. Sur sa chaine YouTube, elle dispense des conseils sur la façon de gérer ses études de médecine. Comment réussir sa PACES ? La prépa médecine ? Comment être heureux ? La souriante et pétillante Laura s’est confiée sur ses choix et ses motivations à remede.org

Pourquoi avoir choisi médecine ? Comment as-tu vécu ta PACES ?

À vrai dire, je ne sais pas trop, je pense qu’on est incité très (trop ?) jeune à choisir une voie. Rares sont ceux qui savent réellement ce qu’ils veulent faire de leur vie. J’ai toujours été dans les premières de ma classe, et ainsi poussée vers la voie dite « d’excellence ». Sur ma chaine YouTube (où Laura donne des conseils pour avoir sa PACES) beaucoup me demandaient s’il fallait obligatoirement un bac scientifique pour réussir, j’ai répondu que la majorité provenait d’un bac S, parce les statistiques leur étaient favorables. Pourquoi médecine ? Bien sûr l’envie d’aider les gens, certaines rencontres, et également un membre de ma famille qui a été touché par la maladie alors que j’étais encore jeune, je pense que j’ai voulu en savoir plus.
Ma PACES a été une révélation. Elle reste une des meilleures, mais aussi une des pires années de ma vie. Dès les premiers cours, je me suis sentie « à ma place », j’aimais les matières enseignées : la biologie moléculaire, biologie cellulaire, la physiologie, l’anatomie... J’aimais la science de la vie de façon plus générale. Mais tout à un prix, je savais que si je voulais rester en médecine, il fallait me battre pour avoir ma place. Je n’ai jamais été encouragée dans ce que je faisais, très peu de gens (pour ne pas dire personne) pensaient que j’aurais ma première année de médecine. J’avais très peu confiance en moi, donc avoir ma P1 représentait beaucoup, je voulais savoir si j’en étais capable. J’ai arrêté toute activité pendant neuf mois, afin de voir ce que je valais et ne pas avoir de regret.
J’ai été classée 21 sur 1375 au premier semestre, et 27 au second.

Quel regard portes-tu sur l’hôpital, les études de médecine, leur organisation ?

Il est encore un peu tôt pour en parler avec recul car j’ai quitté récemment ces études. Mais je n’en pense pas réellement du bien. Je ne trouve pas que l’organisation des études et des stages soit optimale.
Si l’on n’a pas la chance d’avoir un médecin dans sa famille, on n’a aucune idée de ce qui nous attend réellement. Il faudrait être sensibilisé au monde de l’hôpital dès la PACES et même avant. Pour toute information, la conseillère d’orientation du lycée m’ a simplement donné la brochure de la PACES, récupérée sur internet...Sans me demander aucune de mes motivations pour le choix de cette filière.
On est soumis aux croyances populaires, « la première année c’est la plus dure, après c’est plus tranquille » (rire). J’attends d’entendre cette phrase sortir de la bouche d’un étudiant en médecine ! Dès la PACES, c’est une pression intense. Et pour les heureux élus qui ont la « chance » de poursuivre ces études, ils sont replongés dans l’ambiance de concours pour l’ECN. C’est beaucoup de travail, énormément de temps passé seul, ou face à ses livres. Si j’avais continué dans cette voie, mon rythme de vie n’aurait été que : stage, révisions, gardes, conférence... Pas de temps pour prendre soin de ses proches s’ils en ont besoin, pour prendre soin de sa propre santé, pour l’épanouissement personnel, et encore moins pour prendre du recul nécessaire par rapport à tout ce que l’on nous enseigne. Dans ma vidéo, j’ai utilisé le terme d’études « aliénantes », beaucoup de gens en médecine sont venus vers moi pour me dire que le terme était parfaitement bien choisi.

Depuis quand as-tu cette passion pour le sport ?

J’ai toujours aimé et pratiqué beaucoup de sports. De l’athlétisme à la danse en passant par la gymnastique, le judo, le basket, la boxe, et beaucoup d’autres. Le sport a toujours été un exutoire, plus que de la simple remise en forme. Arrivée en P1, j’ai tout arrêté.
Pour ce qui est du monde fitness/musculation, alimentation saine… Je m’y suis plongé en deuxième année de médecine. Mes études me faisaient forcément aimer de plus en plus le corps humain, j’ai voulu prendre soin du mien. Les dissections faites en deuxième année m’ont encore plus confortée dans cette idée.
J’ai repris le sport chez moi dès le premier semestre de ma deuxième année, mais j’avais encore du mal à prendre du temps pour les loisirs, encore marquée par ma P1, et surtout désillusionnée par le fait que « non, la p1 n’est pas l’année la plus dure ». La quantité de cours de deuxième année était la même que celle de ma PACES (même si ce n’était plus un concours).
Après ma validation du premier semestre, je ne voulais pas passer ma vie dans les livres, je me suis donc inscrite en salle de sport. J’aime beaucoup les défis, l’objectif en P1 était de réussir à tout prix, et j’avais besoin d’un nouvel objectif. Changer mon corps me paraissait intéressant, d’autant que j’étais très mince, j’avais envie d’avoir plus de formes.
Après presque deux ans d’entraînements à la salle en étant très régulière et assidue, tout en me renseignant continuellement pour optimiser mes entraînements, je trouve fascinante la façon dont le corps humain peut changer.

Comment décides tu d’arrêter médecine au milieu du gué pour te consacrer à ta passion ?

J’ai pris ma décision seule. Je ne me voyais simplement pas continuer, c’était une période où il s’est passé beaucoup de choses, c’était réellement une nécessité.
Les gens ont le jugement facile lorsqu’ils ne connaissent pas. Ils voient médecine comme un cursus prestigieux, ils voient le salaire. Mais ils ne voient pas les sacrifices. Je ne me voyais pas continuer. Ni pour l’égo ni pour l’argent.

Quelle a été la réaction de tes proches ? Famille, amis, collègue de promo ?

Mes amis proches ont compris sans comprendre. Ils voyaient que je me perdais dans un cursus où je ne me sentais plus à ma place. Pour les amis de promo, m’étant très peu intégrée dans l’ambiance médecine (ne faisant pas de soirées), j’avais quelques amis de TD, qui ont été très compréhensifs.
Ma vidéo sur l’arrêt de mes études a également généré beaucoup de retours. Il y a beaucoup de bienveillance sur internet malgré les quelques commentaires haineux ou déplacés. Les étudiants qui ont arrêté me disent que cela a été la meilleure décision de leur vie, d’autres se forcent au quotidien pour ne pas décevoir leurs proches. Certains me disent aussi qu’ils ont souvent pensé à arrêter, mais me conseillent de tenir le coup. Je pense que tout le monde vit cela à sa manière, mais j’ai le sentiment qu’il y a un gros tabou autour de ces études.
Tout le monde donne l’impression de tenir tête à ces études et de très bien les vivre. Mais une étudiante de ma promo a arrêté en même temps que moi et m’a confié que lorsqu’elle a commencé à parler d’arrêter médecine, les masques sont tombés. Beaucoup ont du mal à tenir la pression, mais montrer ses faiblesses dans ce monde n’est pas une option. Cela n’a pas été facile, mais pour l’instant je n’ai aucun regret, cela m’a vraiment fait du bien.

Comment envisages-tu l’avenir ?

L’alimentation saine, le sport, le calme intérieur, se sentir bien dans sa peau. Ce sont des choses que j’aimerais bien transmettre, je ne sais pas encore comment ni sous quel format. J’ai l’intime conviction que ces facteurs, surtout l’alimentation, sont de réels vecteurs de nos maladies modernes. Beaucoup de prévention à l’échelle collective n’est pas faite pour lutter contre toutes les choses nocives par lesquelles on est agressé chaque jour, si au moins on peut s’épargner individuellement... Et toute mon aventure m’a appris que oui, effectivement, j’aimerais aider les gens, mais au lieu de les soigner, faire en sorte qu’ils ne tombent jamais malades.
Merci de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer, trop peu de témoignages sont disponibles sur internet, et je sais que l’on est plus nombreux que ce que tout le monde croit. Et si un étudiant en médecine à bout passe par là, qu’il sache qu’il n’est pas seul…

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