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Vedece, le zorro de l’hôpital

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Vie de carabin, tome 3, est sorti le 21 novembre dernier. Son auteur, Vedece, interne en dernière année de médecine, est passionné de médecine et de bande dessinée. Il nous raconte son parcours et ses choix éditoriaux. Rencontre avec le zorro de l’hôpital et sa double vie passionnante.

Pourquoi avoir commencé à dessiner sur l’hôpital, où vous êtes actuellement interne ?
J’ai 29 ans. Mes parents ne sont pas médecins. Le point de départ de mon intérêt pour la médecine a été ma relation avec mon médecin généraliste que je trouvais très saine, et qui me rassurait beaucoup. Je suis en dernière année d’internat. Je dessine depuis ma quatrième année de médecine lorsque j’ai commencé mon stage d’externat et mes stages à l’hôpital en 2011. La BD a toujours été ce que j’ai rêvé de faire jusqu’à l’adolescence. Je me suis alors rendu compte que cette profession était trop précaire. J’ai donc renoncé à la BD pour faire médecine. Mais j’ai quand même continué de dessiner en parallèle. J’ai été frappé par la réalité de l’hôpital qui ne correspond pas forcément à l’idée qu’on s’en fait (infrastructures délabrées, rencontres avec les patients). Au départ, l’idée n’était pas de partager ces dessins. J’ai d’abord commencé à dessiner pour moi. J’ai montré mes dessins à mes amis qui m’ont encouragé à le montrer à d’autres personnes. J’ai donc créé une page Facebook, ce qui me semblait le plus simple à l’époque. Résultat, j’ai eu 1 000 abonnés en une semaine, ce qui m’a paru incroyable. Et cela a pris de l’ampleur peu à peu. J’ai ensuite ouvert une page twitter, puis un site Internet. Enfin, un éditeur m’a proposé de publier.

Dans ce dernier volume, vous esquissez quatre portraits de médecin type. Pouvez-vous les énumérer ?
J’ai souhaité faire un état des lieux des profils des médecins à l’hôpital. Les idéalistes croient en l’hôpital public. Ils souhaitent y rester, ils se donnent corps et âme aux patients. Les planqués parviennent à ne pas trop travailler, à se mettre dans un petit coin, ils profitent du système de l’hôpital public. Les incompétents font des erreurs, mais sont aussi protégés par l’institution en diluant les responsabilités. Les carriéristes avec les professeurs, le système hospitalo-universitaire s’arrangent avec les internes qui sont leurs petites mains pour réaliser des études. En témoigne mon chef de service qui est d’un autre temps, celui où les internes souffraient beaucoup plus sans se plaindre.

Vous auriez tendance à faire partie des idéalistes. Et pourtant, à la fin de l’album, on ressent un gros doute chez vous...
Mon médecin mentor (Emma) qui a structuré mon internat a un point de vue arrêté, froid et distant avec le patient. Son objectif est surtout de garder la tête froide pour ne pas faire de dépression. Ce qui n’est pas mon cas : je souhaite garder un contact fort humainement. Avec des risques effectivement de craquer... on n’est pas des surhommes.

Vous montrez justement votre sensibilité avec cette jeune fille qui s’est fait violer par son père...
C’est vrai. Cette patiente m’a beaucoup marqué. Cette rencontre m’a aidé à me structurer et à prendre de la maturité. Elle fait partie des patients qui construisent mon parcours, comme cette dame atteinte de la maladie d’Alzheimer qui me renouvelle sa déclaration d’amour régulièrement.

Pourquoi est-il important pour vous de rester anonyme ?
D’emblée j’ai souhaité ne pas être reconnu à la fois pour continuer d’exercer et surtout conserver ma liberté de ton. Car en médecine on n’aime pas trop les fortes têtes qui sortent du lot. Par exemple, lorsque j’envoie des dessins sur mon site et sur les réseaux sociaux, mon éditeur, mes partenaires commerciaux reçoivent régulièrement des messages de menaces et d’insultes par des directeurs d’hôpitaux sur Twitter. Mon discours dérange c’est certain. Je vais vous citer un exemple cité à la fin de mon album et auparavant twitté, celui d’une demande de matériel médical. Le dessin montre qu’il ne faut pas avancer l’argument de sauver des vies. Mais avec ce nouveau matériel la consultation sera payée plus cher.

Les règles de fonctionnement des salles de garde paraissent incompréhensibles aux yeux des invités...
En effet, la salle de garde est réservée aux internes et à leurs invités. Nous avons le droit d’inviter des médecins plus âgés et des externes qui ne sont pas en général présents. S’ils dérogent aux règles, c’est nous qui devons des gages à la communauté des internes présents. En théorie, c’est une salle qui se trouve dans tous les hôpitaux. En pratique, cette tradition se perd et a parfois été supprimée. Ou bien ses règles en ont été assouplies. Sur le trône est assis le chef des internes. Quant aux fresques, la tradition est de représenter les médecins de l’hôpital dans des positions du kamasutra. Certes, cette coutume n’est pas très maligne, surtout vue de l’étranger. Mais ce lieu peut se justifier : il sert à faire une coupure avec le travail à l’hôpital et à souder les médecins entre eux. Pour décompresser pour ma part, je dessine.

Que décrivez-vous dans vos deux précédents albums (parus chez S-Editions ) ?
Dans le premier album, je décris mes études de médecine. Je raconte l’ambiance du concours de la première année et les premiers jours de cours et les premières gardes à l’hôpital après le concours. Dans le deuxième tome, je raconte le début de l’internat : deux récits y sont racontés en parallèle et de façon synchronisée, le premier est celui d’un patient, l’autre est celui de mon personnage. L’histoire se déroule sur quatre jours, avec d’abord la journée du patient, puis celle du médecin...

Vous prenez beaucoup de recul par rapport à votre pratique ? Votre métier de créateur vous y aide-t-il ?
Oui, car je dois représenter. Donc cela aide à prendre de la distance et aussi à se remettre en question. On peut toujours faire mieux dans sa pratique médicale.

Comment avez-vous réalisé les premiers gestes médicaux ? Avez-vous été stressé ?
Je l’ai décrit dans mon deuxième album. Les patients cobayes ressentent bien cette première fois. S’ils voient un praticien qui décrit toutes ses tâches devant un autre qui garde les bras croisés, c’est que c’est un étudiant qui n’est pas sûr de lui. C’est l’intérêt de travailler dans un CHU. Beaucoup d’actes ne peuvent être appris sur un mannequin. Le patient sera cobaye à un moment ou à un autre. Mes premières prises de sang, je les ai faites sur une infirmière très sympathique qui m’a proposé son bras. En fait, je conseille aux jeunes internes de dire la vérité au patient qui dans un sourire accepte d’être cobaye.

Vous racontez l’exemple de ce reportage pas du tout proche de la réalité de ce que vous vivez au quotidien...
Nous avions vécu un événement similaire la veille du Jour de l’an. Nous avions reçu un appel deux heures avant une visite de politiques et de journalistes pour soutenir les soignants pendant la nuit du réveillon. Du coup, on nous a demandé dare dare de faire partir les deux patients bourrés aux urgences. Nous les avons cachés dans un autre service.

Comment voyez-vous votre avenir à l’hôpital ?
Je souhaiterais prendre un poste de chef dans l’établissement où j’exerce. Je n’ai pas été dégoûté de l’hôpital public. Je travaille autour de 60 à 70 heures par semaine, mais j’aime ça. Ayant passé des années à dénoncer le fait que les internes se retrouvent en première ligne, je n’ai pas l’intention de reproduire les comportements des vieux médecins qui restent dans leur bureau et se reposent sur les internes.

Quels auteurs de BD vous ont particulièrement marqué ?
Hergé, Goscinny, Franquin... Je les avais tous en tant qu’enfant. Un auteur qui m’a beaucoup influencé est Margerin. Il fait un travail énorme sur ses décors et ses arrière-plans. Quai d’Orsay de Christophe Blain m’a beaucoup marqué et a représenté pour moi une vraie source d’inspiration. Côté étranger, ma BD culte est Maus de Spiegelman.

Vous vous êtes également inspiré du cinéma ?
Oui, parmi les cinéastes qui ont une grande culture pop. En terme d’inspiration, j’ai adoré Scott Pilgrim (sorti en 2010) qui est adapté d’une BD américaine. Dans ce film, tous les codes du comics sont repris de façon très intelligente. J’ai vu récemment Ready Player One de Steven Spielberg j’ai adoré. Ce type de film correspond bien à mes centres d’intérêt liés à la pop culture et dont je reprends les détails dans VDC. Par exemple, les numéros de chambres 301 et 303 correspondent chez moi au film Matrix. Dans les séries télé, Scrub m’a beaucoup plu. Côté romans, je lis plutôt des livres fantastiques comme La Citadelle des ombres de Hobb ou Le Seigneur des anneaux de Tolkien.

Vie de carabin, tome 3, éditions Hachette Comics. 104 pages. 14,95 euros.

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