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Roselyne Bachelot : « Je ne suis plus une femme politique aujourd’hui »

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Après des études de pharmacie tardives, Roselyne Bachelot démarre une carrière officinale aux côtés de son époux. En 1982, rattrapée par son amour de la politique, elle connaît un premier succès électoral. A partir de 1992, elle se consacre entièrement à la politique, et devient une spécialiste des questions sociales. En 2012, au sortir du gouvernement de François Fillon, elle pense prendre une année sabbatique… mais les médias la rattrapent. Aujourd’hui, elle se dit ravie de « faire du Bachelot » sur les plateaux de télé et radio.

A quand remonte votre choix des études de pharmacie ?
Entre 20 et 30 ans, j’ai travaillé en tant que visiteuse médicale dans un petit laboratoire, pour faire bouillir la marmite de mon ménage étudiant. C’était l’époque où l’on pouvait assez rapidement être embauché et devenir autonome. Nous avions passé un pacte avec mon mari : il devait faire ses études d’abord et moi ensuite. Il est fréquent d’ailleurs que la femme soit blousée dans cette affaire… car après avoir travaillé pendant dix ans, il n’est pas évident de se réinscrire en Fac. C’est pourtant ce que j’ai fait : je me suis inscrite en pharmacie à l’âge de 30 ans. C’était d’autant plus drôle que je commençais ma carrière politique au même moment : j’ai été élue pour la première fois alors que j’étais étudiante. J’étais vraiment le mouton à cinq pattes !

Comment se déroulent vos études ? N’est-ce pas difficile d’être plus âgée que vos camarades ?
Evidemment, l’écart d’âge se voit ! Je me souviens d’une de mes condisciples qui s’était assise à côté de moi, en me disant : « cela se voit que vous êtes plus âgée car vous vouvoyez les autres »…
Plus sérieusement, il est certain que lorsqu’on commence ses études à 30 ans, on a déjà perdu beaucoup de mémoire immédiate ; en revanche, la mémoire à long terme compense énormément cette perte. Cela m’a frappé tout au long de mes études car je me souvenais très bien de ce que j’avais appris les années passées, ce qui n’était pas le cas de mes camarades. J’ai adoré mes études et suis sortie major de ma promotion à 36 ans.

Avez-vous exercé le métier de pharmacienne d’officine ?
J’ai fait toutes mes études en étant en parallèle la co-gérante de la pharmacie de mon époux de l’époque. En 1978, nous avons ouvert notre pharmacie dans la ZUP Nord d’Angers, d’emblée une officine de taille importante. Comme de nombreux conjoints de professionnels de santé à l’époque, j’étais à la fois au comptoir et dans le bureau, pour faire les bulletins de salaire et autres tâches administratives.

Quand est née chez vous l’envie de vous investir en politique ? Quelle a été la part de l’influence familiale dans votre carrière politique ?
Mon amour de la politique a surgi très tôt, avec deux parents résistants, mon père compagnon du général de Gaulle et député. En 1982, alors que j’ai envie de me lancer en politique, mon père me dit : « je ne veux pas que l’on dise que tu as obtenu un poste de faveur, tu vas te présenter dans le secteur de ta pharmacie ». Or, ce quartier est acquis à la gauche : Mitterrand y a fait 58% des voix en 1981. Chacun pense que je cours à l’échec…et non ! Je l’emporte car je tiens cette pharmacie avec une conception éthique et solidaire, dans ce quartier extrêmement populaire.

Combien de temps conciliez-vous ces deux carrières ?
Je suis conseillère générale du Maine-et-Loire de 1982 à 1988 et en 1988, je suis élue députée. Je continue à exercer ma profession de pharmacien mais je m’aperçois très vite que ce n’est pas possible. En 1992, la pharmacie est vendue et je me consacre entièrement à la politique. Mais au fond de moi, je continue à me définir d’abord comme pharmacienne. A chaque élection, je me dis d’ailleurs : « et si je suis battue, je me réinstalle où ? ». On parle souvent de la liberté en politique : la liberté, c’est d’avoir un diplôme, un vrai métier, et de ne pas être un professionnel de la politique.

Rapidement, vous prenez position sur des questions de santé, protection sociale, handicap, droits des femmes, etc.…pourquoi ces thématiques en particulier ?
Sur les questions d’égalité homme-femme, je suis la fille d’une militante féministe qui m’a donné les codes pour combattre. Lorsque je suis arrivée au Conseil général du Maine-et-Loire, nous étions deux femmes sur quarante et un élus ! Je souhaitais travailler sur les questions financières, mais les caciques présents m’ont imposé la Commission des Affaires sociales. Très vite, ce choix va absolument me séduire : je découvre l’action sociale et j’en deviens très vite une spécialiste. Lorsque j’entre à l’Assemblée nationale et que l’on me propose la Commission des affaires sociales, ce sera cette fois-ci un choix de cœur et de compétence.

Quels ont été pour vous les moments les plus enthousiasmants de votre carrière politique ?
Il y a deux moments très forts. Evidemment, le vote du PACS, car c’est une aventure humaine incroyable. Le deuxième, plus structurant, c’est la loi de 2009 et la création des Agences régionales de santé. J’ai mené la plus importante réforme du système de santé depuis 1958. J’ai supprimé les DDASS, les DRASS, les CRAM, sans susciter un seul mouvement de grève. Pour y parvenir, j’ai privilégié un travail de proximité, en allant passer des journées entières avec les acteurs de terrain.

Au ministère de la Santé, vous faites passer un certain nombre de réformes, dont la revalorisation du tarif de la consultation médicale. Ce tarif est-il suffisant aujourd’hui selon vous ?
Je ne suis plus une femme politique. Je me suis fixé comme ligne de conduite de ne pas entrer en polémique avec Madame Touraine. En tant qu’ancienne ministre, il y a un devoir de réserve à respecter. Je ne m’exprime que pour soutenir certaines mesures comme la lutte contre le tabac ou l’ouverture de salles d’injection surveillées.

Comment se passe votre sortie du monde politique et votre entrée dans les médias ? Avez-vous toujours eu envie de travailler dans cet univers ?
Je ne sais pas si j’en ai toujours eu envie mais beaucoup de gens en ont eu envie pour moi ! (rires). J’ai quitté la vie politique en pensant prendre une année sabbatique. Je sortais d’un véritable Maelstrom de trente ans, notamment les cinq dernières années, dans le gouvernement de François Fillon, avec des journées de 13 ou 14 heures, pas de vacances, pas de week-end et une pression psychologique considérable. En réalité, je suis partie une semaine chez des amis et en rentrant, j’avais cinq propositions !

Vous avez notamment assuré ces dernières années un certain nombre de chroniques : qu’est ce qui vous plaît particulièrement dans cet exercice ? Le franc-parler qui vous avait parfois été reproché en politique est-il devenu un atout ?
Je ne sais pas si mon franc-parler était mal perçu… par certains, peut-être. Effectivement, je n’ai jamais été très douée pour répéter les éléments de langage concoctés par l’Elysée ou Matignon.
Je crois que l’on m’a recrutée à la télé pour plusieurs raisons : pour mes prises de position sur un certain nombre de sujets et pour ma capacité à m’exprimer devant une caméra ou un micro sans avoir peur, avec naturel. Peut-être aussi pour mon sens de l’humour, et de la dérision. On me demande de faire du Bachelot, et surtout pas de passer les plats !

Quels sont vos prochains projets ? Souhaiteriez-vous suivre/couvrir d’une façon ou d’une autre l’élection présidentielle à venir ?
Ah non, je ne souhaite pas du tout m’investir dans l’élection présidentielle, et je ne prendrai pas position pour tel ou tel candidat. Je traverse depuis les élections de 2012 une sorte de sas de décontamination. François Fillon remonte dans les sondages [interview réalisé le 16/11/2016, quatre jours avant le 1er tour de la primaire à droite, ndlr] et je reçois des coups de téléphone ou SMS de copains me disant « Alors ça y est, tu te prépares ? ». Mais non ! Les gens qui m’aiment -et ceux qui ne m’aiment pas- n’arrivent pas à croire que j’ai quitté la politique ! Ils le croiront vraiment après l’élection présidentielle de 2017.

Pour finir, quels conseils donneriez-vous aux jeunes étudiants qui se lancent aujourd’hui dans le cursus médical ou paramédical ?
Je leur dirais de ne jamais perdre leur âme. Ils n’ont pas seulement choisi un métier. Ils ont une vocation, même si l’on a parfois le sentiment que cette dimension se perd dans le monde actuel. Je vais fêter mes 70 ans –j’en suis très fière !- et j’ai réussi à traverser cette vie sans jamais me perdre, aussi bien dans mon métier de pharmacienne, que dans ma fonction politique. Finalement, quand je me retourne, je me dis que j’ai fait des choses bien et des choses moins bien, mais que je n’ai jamais renoncé à ce qui était fondamental pour moi.

Propos recueillis par Sophie Cousin

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