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Pr Corinne Taddéi-Gross : Une formation pratique précoce pour un métier passionnant

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Engagée dès le début de sa carrière dans l’enseignement, les soins et la recherche, à la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg, la Pr Corinne Taddéi-Gross a notoirement restructuré les enseignements en prothèse. Doyen de la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg depuis 2012 et présidente de la conférence des doyens depuis 2017, elle fait le point pour Remede sur les actualités et réformes concernant les carrières en odontologie.

présidente de la conférence des doyens des facultés de chirurgie dentaire

-Pouvez-vous nous raconter votre orientation vers la chirurgie dentaire ?
-  Mon frère était médecin à Paris… un modèle pour moi ! Dans son sillage, très tôt, j’ai été attirée par la pratique clinique du cursus odontologique : très minutieux, en lien fort avec des patients en attente de soulagement, de confort et d’esthétique. L’enseignement m’a d’emblée énormément attirée aussi. Au cours de mes études, j’ai eu l’occasion d’encadrer des jeunes pour les préparer au concours de PCEM1. Ce suivi pédagogique a été une révélation.
A la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg, j’ai eu la chance d’être formée par le Pr André Schlienger, aujourd’hui disparu et qui fut mon maître, à une époque où l’ambiance au cours des études de santé était encore assez misogyne… Parmi les personnalités qui m’ont vraiment aidée à m’orienter dans cette carrière d’enseignante en prothèse, je citerai aussi le Pr Joseph Lejoyeux, à Paris et Daniel Rozensweig à Nancy. Passionnée par la perspective d’une carrière hospitalo-universitaire, j’y suis entrée à temps plein. Tout au long de ma carrière, j’ai toujours tenu à conserver mon activité de soins et d’encadrement qui me passionnent comme aux premiers jours.

-Quelles sont les priorités pour votre mandat à la présidence de la conférence des doyens en chirurgie dentaire ?
-  A Strasbourg, après douze années en tant que vice-doyen responsable des enseignements et de la formation continue, les sept années qui ont suivi en tant que doyen ont été un véritable bonheur en termes de gestion d’équipe et d’établissement. C’est assez naturellement que la présidence de la conférence des doyens s’est présentée sous l’impulsion des collègues. Le contexte est complexe actuellement, avec de nombreuses réformes en cours. Ce qui nous occupe particulièrement aujourd’hui, ce sont les UFR santé, la réforme des enseignements à tous les niveaux, la nouvelle régulation pour l’entrée en étude de santé et le développement de la simulation dans la formation, entre autres…

-Pouvez-vous nous en dire plus sur les UFR santé ?
-  Le rapprochement des UFR de médecine, odontologie et pharmacie peut être envisagé, tout en préservant chaque composante. L’objectif est une mutualisation de certains enseignements, de certains locaux et de certaines fonctions. Mais à l’heure où la quasi-totalité des universités françaises se fondent dans de très gros établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPCST), le risque est grand d’un appauvrissement des diversités qui créent leur richesse pédagogique, scientifique et culturelle. La conférence des doyens ne pourra accepter un modèle de regroupement qui conduirait à la disparition de la visibilité de la discipline et son effacement au niveau international.

-Comment se déploient concrètement les nouveaux outils de simulations sur le terrain ?
-  L’odontologie est basée sur une formation pratique délivrée très tôt, dès l’entrée en deuxième année. Dans nos seize facultés françaises, lors des deux années pré-cliniques, la simulation est systématiquement pratiquée puisque l’étudiant doit apprendre tous les gestes avant de soigner son premier « vrai » patient dès la quatrième année. Nous avons des mannequins « fantômes » qui permettent d’acquérir les gestes corrects pour soigner, mais aussi des mannequins procéduraux, capables de simuler des consultations simples ou des situations de crise ainsi que des mannequins pour pratiquer la radiologie. Ces outils de simulation sont en très fort développement. Par ailleurs, d’autres technologies numériques s’intègrent actuellement aux formations, dont les tablettes pour les examens ou pour les cours magistraux. Toutes ces évolutions numériques très positives représentent un coût important, pour lequel nous sommes toujours à la recherche de financements. Nous n’avons pas beaucoup de leviers pour réaliser ces achats coûteux, en dehors des bourses (IdEx) et du mécénat industriel.

-Comment évolue le nombre d’étudiants choisissant la filière odontologie ? Et les capacités d’accueil des facultés ?
-  La filière odontologique est attractive dès la Paces. Environ 5 000 étudiants hospitaliers et stagiaires et 450 internes sont en moyenne comptabilisés chaque année, pour un nombre trop faible d’enseignants. Les 16 facultés de chirurgie dentaire accueillent environ 80 étudiants par promotion. Nos capacités d’accueil sont variables d’une faculté à l’autre et nécessairement limitées, sous peine de moins bien former nos étudiants. Il est essentiel de ne pas diminuer la qualité de formation des jeunes. Le nombre de simulateurs dans les années précliniques et le nombre d’unités cliniques dans les services hospitaliers sont limités. Rappelons que tous nos externes de la quatrième à la sixième année sont des étudiants hospitaliers praticiens qui nécessitent un encadrement autour des patients qu’ils prennent en charge.

-  Quelles sont actuellement les régions sous-dotées en chirurgiens-dentistes ? Comment y remédier ?

-  Les UFR d’odontologie sont réparties de façon inégale sur le territoire puisque 3 grandes régions en sont démunies : Bourgogne-France-Comté, Centre et Normandie. Cela a des conséquences sur la démographie : ces trois grandes régions sont globalement déficitaires en chirurgiens-dentistes. Mais d’autres régions, malgré la présence d’UFR, ont aussi des zones sous-dotées. Quelques moyens ont été proposés par l’Etat, les conseils généraux et les ARS tels que : le contrat d’engagement de service public (CESP) ou encore des dispositifs incitatifs pour favoriser les stages des étudiants et l’installation dans les zones sous dotées. Dans la réforme du troisième cycle, nous travaillons notamment sur la possibilité d’un renvoi des étudiants vers leur région d’origine, avec pour objectif un meilleur maillage du territoire. Le ministère nous a en effet demandé de poursuivre nos réflexions dans ce sens.

-Comment avez-vous réagi aux annonces du président Macron concernant la suppression du numerus clausus et de la Paces ?
-  Nous sommes très favorables à leur suppression, le numerus clausus est un outil dépassé. Trop d’échecs, de mal-être, de difficultés de réorientation. J’ai bien écouté les déclarations du président de la République, qui a bien précisé que les études de santé resteraient néanmoins une filière sélective. Nos facultés ne peuvent pas accueillir un trop grand nombre d’étudiants en santé car il y a une réalité de terrain incontournable : ce sont les capacités de formation. Nous travaillons sur de nouvelles modalités de régulation qui seront ajustées aux filières et aux territoires, où la politique des universités sera majeure.

-Quelles nouvelles spécialités pourraient-elles être créées en odontologie ?
-  Nous avons été missionnés pour faire des propositions de réforme du troisième cycle. Nous proposons de nouvelles spécialités et des modifications des modalités d’accès, mais ce n’est pas encore consensuel. Il ne s’agit pas seulement d’ajouter des spécialités, mais de revoir en profondeur l’ensemble de la formation initiale. Au niveau du troisième cycle, ce qui posait le plus de problème était la spécialité de médecine bucco-dentaire (MBD), qui est aujourd’hui totalement remise en question. Trop peu de jeunes diplômés qualifiés s’installent aujourd’hui sur le territoire en spécialiste MBD.

-Comment redonner de l’attractivité aux carrières hospitalo-universitaires en odontologie ?
-  La chirurgie dentaire doit actuellement faire face à deux problèmes d’attractivité. D’une part, plus de 90 % de nos étudiants partent dans le libéral, soit vers un exercice d’omnipratique, soit vers un exercice de spécialité : la chirurgie buccale, l’orthopédie dento-faciale et la médecine bucco-dentaire. Les débouchés vers les carrières hospitalo-universitaires, les métiers de la recherche et de l’industrie concernent une minorité d’étudiants. Les conditions d’exercice parfois difficiles en service hospitalier, mais aussi l’attrait financier jouent probablement en faveur de l’exercice libéral. D’autre part, pour se lancer dans une carrière hospitalo-universitaire, il faut faire ses preuves tant dans le domaine des soins, des enseignements que de la recherche, la porte est très étroite ! Mieux valoriser la carrière hospitalo-universitaire, améliorer les plateaux techniques, augmenter le nombre de postes d’enseignants et d’internes sont assurément des pistes à suivre. Une réflexion sur les possibilités de recrutements à temps partiel est également menée.

-Quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui veulent choisir ce métier, dans le contexte de réformes actuel ?
-  Au sein des seize facultés de chirurgie dentaire françaises, il y a vraiment beaucoup d’informations données aux jeunes et de concertations surtout. Ils sont informés des réformes en temps réel. Tous les doyens sont attentifs à leurs objectifs, leurs ambitions et leur équilibre. Je tiens à leur dire que c’est un métier passionnant et qu’ils peuvent avoir confiance en leurs enseignants et leurs représentants, qui travaillent assidûment dans leur intérêt, dans un paysage politique marqué par de nombreuses réformes.

Propos recueillis par Sophie Cousin

Bio express
-  1990 : docteur d’Etat en sciences odontologiques ;
-  de 2000 à 2012 : vice-doyen / enseignements et formation continue ;
-  depuis 2006 : professeur des universités-praticien hospitalier/prothèses ;- depuis 2012 : doyen de la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg ;
-  depuis 2017 : présidente de la conférence des doyens ;
-  Ancienneté dans l’enseignement 1983/2018 : 35 ans.

Pour en savoir plus :
-  Démographie des chirurgiens-dentistes.
-  Résultats d’une étude de la Drees.

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