Paces sans redoublement : focus sur les expérimentations en cours

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Après Angers, trois facultés parisiennes et l’université de Brest expérimentent en cette rentrée différents modèles de Paces sans redoublement. Quelles en sont les modalités ? Quelle mise en place dans les facultés concernées ? Quels avantages et inconvénients ?

La Paces sans redoublement fait des adeptes. Mise en place à Angers depuis 2015, sous l’appellation Pluri-PASS, cette Paces « adaptée » (anciennement dénommée « Paces One ») vient de se mettre en place à la rentrée 2018 dans trois facultés de médecine parisiennes : Sorbonne, Descartes, et Diderot. A Brest aussi, c’est l’« UBO PASS » qui vient d’entrer en vigueur. A Lille, la réforme a été repoussée d’un an et est prévue pour la rentrée 2019. Même timing annoncé à Paris-Est-Créteil, sauf si les réformes annoncées par le président de la République le 19 septembre dernier - notamment l’assouplissement du numerus clausus - nécessitent d’adapter le calendrier et de modifier ces expérimentations.

Quels objectifs ?
Les conférences des doyens de médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique indiquent dans leur bilan des expérimentations Paces 2014-2018 que les trois enjeux ayant motivé ces expérimentations sont les suivants :
-  limiter le nombre d’étudiants se retrouvant en situation d’échec après leur 2e Paces et, au contraire, accompagner un maximum d’entre eux vers un niveau Bac+5. Actuellement, seuls 30 % des bacheliers inscrits en Paces vont intégrer l’une des filières de santé… pour les 70% restants, c’est un échec.
-  éviter les redoublements « inutiles ». La Paces est marquée par un taux de redoublement compris entre 40 et 60 % selon les facultés.
-  diversifier les profils des étudiants en santé. La sélection actuelle favorise énormément les lycéens issus d’un bac S et ayant de grandes capacités de mémorisation, au détriment des autres capacités. Une diversification des profils des étudiants est nécessaire, notamment en termes de capacités relationnelles, travail en équipe, etc… La prise en compte du projet professionnel et les oraux doivent introduire cette dimension dans les futures modalités de sélection.
Par ailleurs, sur le terrain, la question des sureffectifs en première année a pesé dans la balance. « En raison de l’augmentation du nombre d’inscriptions en Paces et des capacités d’accueil dépassées dans certaines facultés, la question du tirage au sort s’est posée en 2017. Mais les associations étudiantes s’y sont fortement opposées et cette solution de la Paces adaptée a émergé. Elle permet de diminuer un peu le nombre d’inscrits en première année, tout en garantissant la possibilité à chacun de présenter au moins une Paces », indique Pierre-Adrien Girard, vice-président chargé de la Paces à l’ANEMF.

Quelles modalités ?
Si vous êtes reçu au concours, vous intégrez l’une des 5 filières de santé (médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique ou kinésithérapie)
Si vous échouez au concours, deux possibilités :
-  vous avez moins de 10/20 de moyenne : vous pouvez passer en licence, mais en 1re année (droit, sciences, psychologie, mathématiques, sciences chimiques et physiques, etc… toutes les disciplines sont accessibles). A cet enseignement, il faudra ajouter un module d’anatomie en 2e année de licence et un module de biologie cellulaire en 3e année. A la fin de la licence, grâce aux passerelles prévues par Alter-Paces, vous pourrez tenter de réintégrer les études de santé en 2e année. La sélection se fait alors sur oral et dossier.
-  vous avez plus de 10/20 de moyenne : vous passez en 2e année de licence et devez valider votre licence avant de retenter un accès en 2e année de médecine, via un oral et l’examen de votre dossier. Ce système est celui adopté dans la plupart des facultés de santé qui expérimentent cette réforme, mais de légères variations sont possibles.
Le nombre de places réservées aux AlterPaces peut varier entre 5 et 30 % du numerus clausus, la moyenne se situant en général autour de 20 %.
La grande nouveauté dans cette voie parallèle est qu’un étudiant peut s’inscrire directement dans la licence de son choix, puis tenter l’accès en 2e année de l’une des filières santé après avoir validé sa L2. Dans ce cas, « les licences les plus adaptées sont les licences de SVT, chimie et physique car les enseignements sont les plus proches de ceux donnés en Paces », estime Ambre Tanke, ancienne vice-présidente de la Paces au Tutorat de Lille. Pour quels étudiants ce parcours peut-il être avantageux ? « Celui qui n’a pas un profil très scientifique aura tout intérêt à faire une bonne licence de droit par exemple, et à intégrer une filière de santé ensuite », souligne Marie-Agnès Sari, responsable de la Paces à la faculté de médecine de Paris-Descartes. Pour le moment, l’AlterPaces reste assez peu connue des étudiants. Dans son bilan publié en juillet 2018, la conférence des doyens montre que seulement 10 % des places offertes via ce dispositif ont été pourvues en moyenne ces dernières années.

Quelle mise en place sur le terrain ?
« Cette année est particulière : la Paces et la Paces adaptée coexistent. Nous avons donc environ 900 redoublants et 1 200 néo-bacheliers qui arrivent en Paces adaptée. Ces derniers n’auront pas le droit de redoubler, mais pourront retenter leur chance dans deux ou trois ans, via le dispositif AlterPaces », témoigne Marie-Agnès Sari. « Le numerus clausus n’a pas encore été validé, mais les deux populations vont avoir un numerus clausus différent, avec cette année environ une chance sur 4 pour les primants et une chance sur 4 pour les doublants », précise Mme Sari. Il faut donc prévoir plus de places pour la première année, pour que personne ne soit lésé. L’ensemble des étudiants en Paces reçoivent le même contenu pédagogique : mêmes cours, mêmes TD et mêmes épreuves. En revanche, il y aura deux classements différents.
Autre différence : 90 % des primants seront sélectionnés sur la base des épreuves écrites classiques, et les 10 % restants seront départagés via un oral, oral que ne passent pas les doublants.
A la faculté de médecine de la Sorbonne également, cette année est hybride. 2400 étudiants sont inscrits en Paces en tout, parmi lesquels 1 400 primants et 1 000 doublants. Là aussi, il est prévu deux numerus clausus distincts.

Quels avantages ?

-  un pourcentage de réussite plus élevé en Paces. Par exemple, à la faculté de Descartes, un étudiant avait 1 chance sur 8 ou 9 d’obtenir un des 4 concours (et un redoublant 1 chance sur 4 ou 5). Avec le nouveau système, les étudiants auront 1 chance sur 4 ou 5.
-  moins de temps perdu pour les étudiants. En moyenne, en médecine, les reçus à la Paces ne sont qu’à 40 % des primants et à 60 % des doublants. Et parmi les redoublants, 4 étudiants sur 5 échouent. « A 90%, nous sommes capables de donner le nom des redoublants qui vont échouer. Nous avons constaté à Paris-Descartes - mais c’est également le cas dans la quasi-totalité des facultés - que les étudiants qui auront leur concours la deuxième fois étaient juste sous la barre du numerus clausus la première fois », indique Marie-Agnès Sari. « Nous nous sommes dit qu’il serait plus intelligent de faire une Paces avec plus de places et de décaler la deuxième chance sur une population un peu plus mature, pour éviter que des étudiants ne se retrouvent sans rien au bout de deux ans », ajoute-t-elle.
-  de meilleures conditions de travail, grâce à une diminution des effectifs en Paces, à terme.

Quels inconvénients ?

-  cette année de transition représente-t-elle une perte de chance pour les étudiants en Paces en cette année de réforme ? C’est la crainte de nombreux étudiants, mais ce risque a été anticipé. « Les années précédentes, nous avions en moyenne 40 % de primants et 60 % de doublants en 2e année. Cette année, dans les facultés qui expérimentent, 60 % du numerus clausus sera réservé aux doublants et 40 % aux primants. Parmi les primants, 70 % passeront directement en 2e année et 30 % seront orientés vers AlterPACES. Au total, le numerus clausus sera augmenté à 130 %. Il n’y aura donc pas de perte de chance, ni pour les primants, ni pour les doublants  », indique Pierre-Adrien Girard.
-  une pression pour être efficace toute de suite. « Beaucoup d’étudiants qui sortent du lycée ne comprennent pas qu’il faut beaucoup travailler dès le début de la Paces pour avoir le concours. La première Paces ne pourra plus être une année d’entraînement. Il faudra tout de suite avoir la bonne méthode et augmenter sérieusement sa charge de travail », souligne Ambre Tanke.
-  un développement des prépas privées dès le lycée ? « Il est probable que les prépas vont se jeter sur les terminales et les premières pour proposer leurs services », reconnaît Marie-Agnès Sari, qui encourage plutôt les étudiants à opter pour le tutorat. Une chose est sûre : faire sa pré-rentrée dès le 20 août va devenir encore plus indispensable dans ce nouveau système.

Quelles perspectives ?
Pour le moment, les annonces d’Emmanuel Macron le 19 septembre dernier ont semé le trouble dans l’esprit des responsables des facultés de santé. « La Paces sans redoublement doit théoriquement se poursuivre à la rentrée prochaine. Pour le reste, je suis dans un flou absolu. Que sera la future licence santé ? Quoi qu’il soit décidé, il y a une réalité aujourd’hui en France : sur une classe de terminale S de 35 élèves, 10 veulent faire médecine et il n’y a que 2 places. Quand bien même on passerait de 2 à 3 places, les facultés n’auront jamais les capacités d’en offrir 10 ! A un moment où à un autre, il y aura une sélection », estime Marie-Agnès Sari. Il est trop tôt aujourd’hui pour dire si la Paces sans redoublement va se généraliser. « C’est en appliquant cette expérimentation que l’on va voir s’il y a des dysfonctionnements, des contournements, etc… Nous avons plusieurs options en cours d’expérimentation : Pluri-PASS, AlterPaces, Paces One. Nous allons voir dans les prochains mois ce qui est autorisé, car une grande loi santé-Formation est prévue en 2019 », indiquait le Pr Jean Sibilia, dans un entretien accordé à Remede en septembre dernier.

Sophie Cousin

Pour en savoir plus :
-  https://www.medecine.parisdescartes.fr/content/uploads/2018/02/PACES-one.pdf
https://www.anemf.org/blog/2018/01/25/la-paces-particuliere-comment-la-suppression-du-redoublement-devient-elle-un-outil-de-reussite-pour-tous/

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