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Médecine du Travail

Pourquoi choisir la spécialité Médecine du Travail, comment se passe l’internat, les DESC, les formations complémentaires, l’exercice, etc...
Autant de questions auxquelles un interne a bien voulu répondre !

1. Qui êtes-vous ?

Mélissa, 26 ans interne en 3ème semestre de médecine du travail à Paris

2. Quand avez-vous choisi cette spécialité ? Qu’est-ce qui vous a attiré ?

Je me suis retrouvée en médecine du travail un peu par hasard ! En effet au départ je voulais faire le DESC de médecine légale ce qui nécessite d’avoir une maquette assez souple. Le coordinateur de médecine légale m’avait conseillé de choisir médecine du travail du fait que la maquette autorise 4 semestres libres.
Je n’ai vraiment commencé à envisager d’exercer la médecine du travail qu’en arrivant en 2ème semestre où la découverte du terrain et du travail réel de cette spécialité (loin des clichés) a été un énorme coup de cœur.

3. Faut-il être bien classé à l’ECN ? Comment s’organise la maquette du DES ?

Du fait que la spécialité est méconnue et déprisée pour le moment il n’est pas nécessaire d’être bien classé, au contraire il reste souvent des postes vacants.

4. Comment s’organise l’internat pour cette spécialité (maquette de DES succincte) ?

La maquette de base, c’est 4 semestres hors filière libres (spé méd., médecine générale, psychiatrie) et 4 semestres en médecine du travail dont un semestre extra-hospitalier.

Au niveau des stages en médecine du travail on a :
-  Des stages hospitaliers en service de pathologies professionnelles
-  Des stages en service inter-entreprise (1 médecin suit plusieurs entreprises de petite et moyenne taille)
-  Des stages en service autonome (1 ou plusieurs médecins pour une grosse entreprise ex : Disney, Peugeot, Air France….)
-  Des stages dans des services particuliers (INSERM, cramif, inrs, inspection médicale....)

Mais chaque région adapte sa maquette, par exemple sur paris un stage dans un service de pathologies professionnelles est toléré parmi les semestres libres, et il est nécessaire de faire un stage de pré-requis (pathologies professionnelles ou dans un service administratif) avant de faire un stage de médecine du travail « pur ».

5. Est-ce une spécialité "prenante" (horaires, gardes), le salaire est-il important une fois thésé ?

En hors filière on est logé à la même enseigne que tout le monde donc si c’est un stage à garde, on fait des gardes comme tout le monde

Au niveau horaire tout dépend du stage que vous prenez mais en stage de médecine du travail extrahospitalier c’est du 9h - 17h30 en moyenne, pas de week-end, pas de gardes.

La particularité de cette spé c’est que les médecins du travail sont presque tous salariés : il n’y a pas vraiment d’exercice libéral.
Pour le salaire, il existe une base minimum réévalué tous les ans par le CISME.

A titre d’indication : dans les services inter-entreprise au minimum cette année
A la sortie du DES 3699 euro, après 6 mois d’exercices 4 110 euros
2 ans d’ancienneté : 4932 euros ….. 15 ans d’ancienneté : 6371 euro
Bref on n’est pas à plaindre
Dans les services autonomes, le salaire est souvent plus élevé.

Vue que nous sommes dans un contexte d’extrême pénurie en médecin du travail les contrats sont négociables en notre faveur, on peut donc demander beaucoup de choses (voir les petites annonces du recruteur médical ou de la revue du praticien par exemple)

Des avantages en nature sont aussi possibles selon les services (voiture, ordinateur de fonction…)

Au niveau horaire, la base c’est 35h, il est possible d’exercer à temps partiel

6. Avez-vous pensé à d’autres spécialités ? Qu’avaient-elles d’intéressant et pourquoi avoir changé d’idée ?

Quand j’étais externe, au départ je voulais faire de la médecine générale. Ma fac proposait un stage de médecine générale en D4.
Je me suis donc retrouvé en stage chez le prat et je dois dire que ça a été une super expérience en particulier les visite à domicile (j’adore bouger !). C’était une spé qui m’a beaucoup plus mais l’inconvénient c’est que je savais que si je m’installais je me ferais aspirer par cet exercice car j’aurais eu du mal à prendre de la distance.

Donc je me suis dit a l’époque et pourquoi pas médecine légale ! c’est comme ça que j’ai atterri dans la filière médecine du travail.

En tant qu’externe je n’aurais jamais imaginé que je finirai là car je ne connaissais pas du tout le mode d’exercice et comme tout le monde j’avais tous les clichés en tête « le médecin du travail ne prescrit pas, il ne fait que des consultations à la chaine qui servent à rien, la médecine du travail c’est un exercice cool pour ceux qui veulent se planquer mais sinon aucun intérêt…. »

Et finalement c’est lors des premiers cours en tant qu’interne et de mon premier semestre en médecine du travail dans un service de pathologie professionnelle que j’ai compris quels étaient les enjeux de cet exercice et j’ai eu mon coup de cœur pour cette spécialité. Donc au final je suis vraiment contente d’avoir fait ce choix ! Aucun regret !

7.Quels sont les modes d’exercices de cette spécialité ?

Je vais être un peu longue car notre mode d’exercice est un peu à part.

Dans le secteur privé 2 grands modes d’exercices : service inter-entreprise ou service autonome :

Pour les inter-entreprise chaque médecin a un portefeuille d’entreprises variées allant de la TPE (ex salon de coiffure) à la moyenne entreprise (ex une maison de retraite, une fabrique de chaussure…). Ces entreprises cotisent auprès du service inter-entreprise qui est une association à but non lucrative de ces entreprises, et c’est le service qui paie le médecin du travail et tout le personnel du service. Il existe une équipe pluridisciplinaire (ergonome, toxicologue, infirmière..) que le médecin du travail coordonne.

Pour les autonome un ou plusieurs médecins suivent les salariés d’une grande entreprise (généralement plus de 500 salariés) et sont payés directement par l’entreprise.
-  Dans les petits services autonomes (un seul médecin pour l’entreprise), le médecin du travail connaît généralement mieux l’entreprise et les postes mais il y a moins de pluridisciplinarité.
-  Dans les grands autonomes où il y a plusieurs médecins du travail, il y a une équipe pluridisciplinaire, mais aussi plus de postes donc le médecin du travail les connait moins bien que dans un petit autonome mais mieux que dans un inter-entreprise. Travailler en autonome facilite la mise en place de projets de prévention de plus grande envergure.

L’activité du médecin du travail se divise en 2 :
-  D’une part les consultations (2/3 de son temps) ou il s’occupe des visites périodiques mais surtout des visites à problèmes (visite de reprise après un arrêt maladie, aménagement des postes, inaptitude, visite a la demande du salarié). Le but de ces visites est de comprendre en quoi le poste du travail va influencer sur la santé du salarié et comment en éviter la dégradation. Par exemple les grandes problématiques en ce moment sont les troubles musculo-squelettiques (canal carpien, tendinopathies de la coiffe), les risques psycho-sociaux…. Comme tous les médecins nous sommes soumis au secret médical et nous avons un devoir d’indépendance !

-  Petite parenthèse :
-  Le médecin du travail prescrit les examens nécessaires de surveillance pour la santé de ses salariés ! Par exemple des bilans hépatique et rénaux lors de la manipulation de produits chimiques, des dosages sanguin ou urinaire de produits chimiques, audiogrammes, EMG …. Bref tout examen dont nous avons besoin pour évaluer l’impact du travail sur la santé. Le médecin du travail a donc le droit de prescrire ! Certes ce n’est pas nous qui allons prescrire le traitement de base des patients car ce n’est pas notre rôle (nous ne sommes pas les généralistes des salariés) et ce n’est pas pour ça que nous ne sommes pas de « vrai médecins » ou que nous sommes frustrés (d’ailleurs on ne demande jamais au radiologue s’il est frustré lui de ne pas prescrire...).

-  D‘autre part le médecin du travail passe 1/3 de son temps en entreprise à effectuer des actions en milieu du travail. Ce qui est tout l’attrait de notre spécialité !! Mais à quoi nous sert vraiment ce tiers-temps ? Principalement, à voir les postes de travail et les entreprises, pour comprendre comment ça marche et comment les conditions de travail peuvent impacter sur la santé. On a un total libre accès aux entreprises que l’on suit, on découvre donc toujours des postes nouveaux, ou des procédés...

Les autres types d’activités :
-  le secteur public : il s’agit de la médecine de prévention, l’activité du médecin du travail peut être un peu différent, car la législation n’est pas la même, mais son rôle reste similaire.
-  carrière hospitalo-universitaire (il existe des MCU-PH, et des PU-PH médecins du travail dans les services de pathologies professionnelles (mais on perd le 1/3 temps).
-  Il existe aussi la possibilité d’exercer en tant qu’attaché dans ses services : il s’agit d’une consultation spécialisée qui permet d’aider un médecin du travail ou tout autre médecin à répondre à un cas difficile.
-  activité de recherches et plein d’autres opportunités

8. Et quels en sont les enjeux ?

Les principaux thèmes de la discipline :

  1. Les risques psycho-sociaux (RPS) qui est un thème nouveau et à la mode suite a la médiatisation des affaires des suicides dans les grosses boites (France Télécom). Dans notre époque troublée où les techniques de management visent a rentabilisé le + possible, nous avons un vrai rôle de vigilance et de protection des salariés et de leur santé mentale vis-à-vis de ces pratiques déviantes visant à transformer en machine ou à « casser » le salarié.
  1. Les troubles musculo-squelettique : soigner une pathologie de l’épaule c’est bien, mais empêcher qu’elle ne survienne afin que le patient puissent conserver son poste grâce à des aménagements de son poste de travail c’est tout aussi important. Et ça c’est le rôle du médecin du travail.
  1. Toxicologie : par exemple s’assurer qu’un patient qui manipule des produits chimiques n’est pas en train de flinguer son foie ou ses reins... L’émergence des cancers professionnels
  1. Allergologie : de nombreuses dermatoses et asthmes.
  1. Les addictions en milieu de travail (un vrai problème sur la route ou dans des postes de sécurité)...
  2. Les thèmes sont vraiment multiples, et vu la pénurie de médecins du travail actuellement, chacun est libre d’orienté sa pratique vers la spécialité qui l’attire le plus ou de rester très généraliste.

9. Qu’est-ce qui pourrait éventuellement rebuter d’autres personnes dans la spécialité que vous avez choisie (les inconvénients) ?

L’a priori sur la médecine du travail qu’on a tous avant de connaître cette spécialité. Vraiment ce n’est ni une planque ni une sous médecine mais une spécialité a part entière, certes avec un exercice un peu particulier.
Le seul inconvénient à mon sens c’est que cette spécialité est mal reconnue. Mais c’est surtout vrai dans le milieu médical. Au sein des entreprises les médecins du travail sont souvent très valorisés.

10. Comment vous voyez-vous dans 10 ans, et en fin de carrière dans 30 ans ?

Personnellement à la fin de l’internat, je me vois bien commencer à temps partiel (80%) ou à temps plein sur 4j dans un service inter-entreprise.
Dans 30 ans... je ne sais pas ! Vu les opportunités diverse et variée je ne me projette pas jusque là !

Conclusion

Si vous êtes partisan du « mieux vaut prévenir que guérir » cette spécialité est faite pour vous !

Personnellement cette spécialité a été pour moi un vrai coup de cœur, et je ne regrette absolument pas mon choix, au contraire….
Parfois il faut savoir dépasser les idées toutes faites qu’on a et se lancer.

Une vidéo explicative de la spécialité sur le Campus de Paris V

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