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Marche ou crève : les externes sont exténués

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De nombreuses études se sont penchées sur la souffrance au travail des soignants. La thèse du Dr Alban Danset sur « La santé psychique des externes en médecine des Universités François Rabelais de Tours et Paris 7-Diderot » publiée en mars 2017 est novatrice. Pour la première « une étude épidémiologique transversale descriptive multicentrique » explore cette période difficile de l’externat caractérisée par un mal-être des étudiants. 7 étudiants sur 10 ont eu envie de tout plaquer et 2 sur 10 ont pensé au suicide.

Envie de renoncer aux études, pensées suicidaires, conduites à risque, quels sont les résultats de votre enquête ?

A Paris, 23.5% consomment du tabac, 82.3% de l’alcool (dont 9.5% en probable alcoolo-dépendance). 21.1% du cannabis (dont 49.5% ayant une consommation inquiétante), 15.5% des drogues dures, 20.5% des stimulants, 32.8% des anxiolytiques, 24.9% des somnifères et 13.3% des antidépresseurs. 45.3% sont anxieux, et 12.1% ont une dimension dépressive. 76.1% présentent au moins une dimension de burn out ; 39% ont une dimension, 24.9% deux dimensions et 12.1% trois dimensions. 37.2% ont des troubles psychosomatiques, 68.8% des troubles du sommeil, 37.6% estiment avoir une mauvaise qualité de vie, 65.6% ont déjà songé à renoncer à leurs études, 20.1% ont eu des idées suicidaires, et 2.6% ont déjà fait une tentative de suicide.

A Tours, 16% consomment du tabac, 84.6% de l’alcool (dont 9.2% en probable alcoolo-dépendance), 6.4% du cannabis (dont 70.5% ayant une consommation inquiétante), 9.6% des drogues dures, 24.1% des stimulants, 37.1% des anxiolytiques, 26% des somnifères, et 13.4% des antidépresseurs. 39.9% sont anxieux, et 9.1% ont une dimension dépressive. 69.1% présentent au moins une dimension de burn out ; 40.9% ont une dimension, 19.5% deux dimensions, et 8.7% trois dimensions. 26.7% ont des troubles psychosomatiques, 57% des troubles du sommeil, 35.1% estiment avoir une mauvaise qualité de vie, 63.5% ont déjà songé à renoncer à leurs études, 21.5% ont eu des idées suicidaires, et 2.6% ont déjà fait une tentative de suicide.

A quel moment avez-vous décidé de choisir ce sujet de thèse ?

Dès le début de l’externat à cause de la pression des études, je voyais la souffrance des externes autour de moi. Personne n’en parlait car nous sommes formatés dès le début de nos études par un élitisme individuel qui conduit à cacher nos émotions. Nous sommes condamnés à être forts et ne jamais nous plaindre.

Vous-même étiez concerné, quel fut l’effet déclencheur ?

Lorsque l’on arrive en 4ème année la dualité stages tous les matins et travail académique ne laisse plus de place pour souffler. J’avais l’impression d’être en stage commando où le plaisir d’apprendre n’avait plus de place. Aux humiliations quotidiennes, à la violence verbale, la maltraitance psychologique s’ajoute un sentiment d’inutilité. Sous pression de la hiérarchie, les externes sont bons, ils occupent des tâches qui n’incombent pas à leur fonction. Nous sommes la « 5eme roue » du service » mais sans celle-ci rien ne fonctionne. Alors que nous devrions être dans une démarche de compagnonnage pour nous préparer à nos futures responsabilités, nous sommes dans un système d’exploitation.

D’où ces exutoires dans les paradis artificiels ou les conduites à risques ? Effectivement, si certains s’en sortent bien par le sport, des loisirs, un équilibre de vie ; bon nombre cherchent des exutoires dans les médicaments, l’alcool…Les chiffres récoltés dans ces deux universités sont assez éloquents. Un étudiant sur 10 tombe en dépression. Si les fêtes en médecine sont réputées pour leur intensité et excès. Ce défoulement peut conduire à une fuite au long cours dans des comportements dangereux et entrainer des pathologies psychiques.

Comment prévenir et lutter contre cette souffrance ?

Tout d’abord, il faut savoir la repérer. Notre analyse pointe les principaux facteurs associés qui entraînent ce mal-être à différents degrés. L’éloignement des proches, le sexe féminin, la consommation de tabac, l’âge élevé, les variations pondérales, l’insatisfaction en stage, le faible soutien de l’entourage et le peu de sorties constituent les portes d’entrée l’anxiété et la dépression, le burn out, les symptômes psychosomatiques, les troubles du sommeil, le renoncement aux études et le suicide. A partir de ces facteurs nous proposons un modèle de dépistage. Nous espérons que d’autres études viendront compléter notre démarche pour l’application de ce modèle de dépistage et mobiliser les instance s hospitalières et les pouvoirs publics sur cette réalité qu’est la souffrance et mauvaise santé des futurs médecins. Pour l’instant, on crie dans le vent, le tabou est levé mais pour éveiller les consciences, le travail est encore long.

Docteur en médecine, dans quelle voie vous engagez-vous ?

La médecine générale. Depuis mon internat, je multipliais les remplacements, je vais continuer avant d’envisager ma propre installation en libéral. D’ailleurs, je suis toujours ravi de partager mon expérience en accueillant des internes en stage en médecine de ville, ce qui me semble le meilleur exemple de compagnonnage. Pour autant, je ne suis pas fermé sur l’hôpital.

Quels conseils aux futurs étudiants ?

Je ne conseille pas la médecine aux jeunes. Dans le contexte actuel, 15 ans de vie pour ça au final, c’est très cher payé sur tous les plans.

Et pourtant, quel beau métier. Beaucoup de choses sont à revoir sur l’organisation des études, les modes de sélections à l’entrée afin d’éviter d’arriver à ce paradoxe qu’à ce rythme nous serons soignés par des malades.

Et si c’était à refaire ?

J’hésiterai beaucoup...Mais maintenant que toutes ces épreuves sont passées je me dis que cela reste un joli métier.

(Etude dirigée par le Professeur Eric Galam, en collaboration avec Coraline Saint-Félix)

Retrouvez l’intégralité de la thèse du Dr Danset sur la rubrique thèse de remede

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  • Anne Marie DE RUBIANA
  • Rédactrice en chef de Remede.org
  • amderubiana@remede.org
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