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Les réseaux sociaux au service de la pharmacovigilance

Plusieurs projets français et européens visant à déterminer comment une surveillance des réseaux sociaux pourrait être utilisée pour améliorer la pharmacovigilance, notamment en générant des signaux précoces d’alerte, sont en cours, et ont été présentés lors d’une séance de l’Académie nationale de pharmacie mercredi.

Le système actuel de pharmacovigilance souffre d’une sous-notification, liée à un manque de déclarations des professionnels de santé. Des mesures ont été prises pour permettre aux patients de faire eux aussi des déclarations au système de pharmacovigilance, mais cela reste minoritaire (seulement 5% des notifications en 2015 viennent des patients) note Alain Saint-Pierre, de l’Académie de pharmacie.
Outre des projets de facilitation des notifications grâce à des applications pour smartphone, une nouvelle piste consisterait à rechercher sur les réseaux sociaux et les forums de discussion, où les patients s’expriment facilement et recherchent des informations, tout ce qui concerne des médicaments et leurs effets secondaires.

Les patients se confient sur le web

Un sujet qui paraît nouveau mais qui pourtant ne l’est pas totalement. François Houyez de l’association européenne Eurordis a rappelé que "dès 1997, quand sont arrivés les antiprotéases en traitement du VIH, c’est sur internet que des patients ont commencé à parler de prises de poids importantes, qui n’avaient pas été vues dans les essais cliniques, de trop courte durée, et les associations de patients avaient saisi les agences".
La situation est toutefois d’une ampleur différente aujourd’hui, où la moitié de la population française est présente sur les réseaux sociaux et où les moyens informatiques permettent de faire des recherches massives automatisées. Mais une question cruciale est la pertinence des informations qui peuvent être collectées.

Plusieurs projets sont en cours

Cédric Bousquet du CHU de Saint-Etienne a présenté le projet Vigi4Med, financé par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et qui réunit des équipes de recherche, notamment de l’Inserm, et deux centres de pharmacovigilance (Saint-Etienne et l’hôpital européen Georges Pompidou -HEGP- à Paris, AP-HP). "L’objectif est d’évaluer les messages postés par les patients sur les forums comme source d’information complémentaire sur les effets indésirables de médicaments".

Cela implique tout un travail préalable pour extraire des forums des messages pertinents, avec un système de traitement automatique du langage et une recherche de noms de médicaments et de termes médicaux.
"Nous avons extrait 60 millions de messages d’une vingtaine de forums". Après identification de messages potentiellement intéressants, une comparaison a été faite avec les déclarations à la base nationale de pharmacovigilance.
Prenant l’exemple d’un travail sur l’antidépresseur duloxétine, il est arrivé à une conclusion, relativement prévisible, d’une plus grande imprécision sur les réseaux sociaux.
Par exemple, seuls 7% des messages évoquant ce médicament sur les forums indiquent l’âge de la personne (contre 73% des notifications à la pharmacovigilance), moins de la moitié indiquent le sexe (contre 99% des notifications). Les délais de survenue des effets indésirables étaient plus rarement précisés, de même que la durée des effets. Il y avait rarement des informations sur ce qui se passe lorsque les patients arrêtent le médicament. De plus, il s’agit rarement d’effets indésirables graves, contrairement aux notifications.

Ces résultats peuvent au premier abord sembler décevants, montrant que les informations récoltées sur les réseaux sociaux ne sont pas du même niveau que les notifications. Mais l’atout est "le grand volume d’informations" et en mettant en place une surveillance automatique, sur un grand nombre de médicaments, cela pourrait constituer "un premier système d’alerte précoce", a estimé Cédric Bousquet.
Cette optique d’alerte a été prise d’emblée pour ADR-Prism, projet développé à la fois par des équipes de recherche publique et des partenaires privés, avec un financement du Fonds unique interministériel (FUI).
"On ne fera jamais de l’imputabilité sur les réseaux sociaux, mais on va pouvoir trouver des corrélations, des signaux que l’on pourra tracer dans le temps", car on peut remonter jusqu’au début des années 2000, a souligné Stéphane Schük, président de Kappa Santé qui participe à ce projet.

Autre limite : "on ne peut pas retourner vers le patient" pour avoir plus d’informations, "il faut prendre ce qu’il y a". Mais il a souligné la rapidité avec laquelle des informations peuvent être obtenues.
Ce projet passe lui aussi par l’élaboration de systèmes de recherche des messages pertinents avec des mots-clés, ce qui est rendu complexe par le fait que les patients parlent avec leurs mots, parfois "très imagés", avec un vocabulaire "folklorique".

La sécurité des médicaments en question

Des industriels s’intéressent aussi à cette nouvelle possibilité d’obtenir des informations sur la sécurité des médicaments. Stéphanie Tcherny-Lessenot de Sanofi était présente mercredi à l’Académie de pharmacie. Utilisant un outil développé par Kappa Santé, la firme a lancé un projet pilote pour rechercher rétrospectivement sur trois de ses produits (l’insuline glargine, l’hypnotique zolpidem et le nouveau traitement de la sclérose en plaques tériflunomide -Aubagio*) si des informations pouvaient être détectées précocement. Pour les deux premiers médicaments, la recherche a été faite jusqu’à 10 ans en arrière.
Elle a cité en exemple deux signaux qui avaient pu être détectés, sur les accidents de la circulation sous zolpidem et sur des risques de surdosage avec l’insuline.

Et plus globalement, elle a noté que parmi les signaux pertinents, "dans 30% des cas ces signaux étaient apparus sur les réseaux sociaux avant que les effets indésirables aient été inclus dans la base de données de l’OMS Vigibase, et cela jusqu’à 38 mois plus tôt". Et dans 20% supplémentaires, les signaux venant des réseaux sociaux apparaissaient en même temps ou un peu plus tard que leur inclusion dans Vigibase, mais compte tenu de délais pour la disponibilité des données dans cette base, les réseaux sociaux permettaient d’avoir quand même l’information plus tôt.

Il y a un "vrai potentiel", a-t-elle commenté, estimant que si une telle surveillance était mise en place pour une utilisation prospective en routine, cela pourrait constituer "un complément aux méthodes existantes".
François Houyez a présenté ensuite un projet qui est développé au niveau européen, Web-RADR, par un consortium incluant des universitaires, l’Agence européenne du médicament (EMA), l’Organisation mondiale de la santé (OMS)..., financé pour moitié par l’Union européenne et par des entreprises privées. Ce projet, qui lui aussi est basé sur une surveillance des réseaux sociaux, sera décliné en différentes langues.
Il a mis en avant le fait que cette surveillance pouvait faire remonter des informations qui sont rarement notifiées à la pharmacovigilance mais ont un intérêt : des informations sur la perte d’efficacité de médicaments, sur les problèmes au site d’injection, sur les effets indésirables touchant la sphère urogénitale, dont les patients hésitent souvent à parler à leur médecin.

Développer le bon usage du médicament

Au-delà de la pharmacovigilance, surveiller l’expression des patients aurait aussi un intérêt pour collecter des informations sur le bon usage des médicaments, sur les interactions, sur l’utilisation hors autorisation de mise sur le marché (AMM) et les détournements des médicaments, sur les raisons des interruptions de traitement...
Interrogé sur une utilisation au-delà des médicaments, Stéphane Schük a répondu que cela pourrait être appliqué aux dispositifs médicaux, ou aux compléments alimentaires sur lesquels il a commencé à travailler, notant qu’aujourd’hui les notifications dans ce domaine sont rares. Et Patrick Maison, directeur de la surveillance du médicament à l’ANSM, a noté qu’il y aurait aussi un intérêt pour la cosmétovigilance.

Source : www.apmnews.com

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