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La 1ère Communauté Médicale
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Les internes en Allemagne sont des médecins à part entière

Etudiante allemande de 25 ans, Anna passe sa 4ème année de médecine en France dans le cadre du Programme ERASMUS. Venue de l’université de Düsseldorf, elle nous offre son regard et ses premières impressions sur l’hôpital et les études de médecine en France.
Chaque année, près de 270 000 étudiants bénéficient du programme ERASMUS. Une bourse mensuelle leur est offerte. Malheureusement, les étudiants français profitent encore peu de cette opportunité, très peu valorisée dans les études de médecine. La France est la troisième destination préférée des Européens, derrière l’Espagne et l’Allemagne.

Pourquoi avoir choisi la France pour ton échange ERASMUS ?

J’ai appris le français au lycée et j’aime cette langue. La destination très proche de chez moi m’attirait aussi pour son côté culturel. Il y a tant de choses magnifiques à découvrir, tant de visites insolites à partager. Et puis, la médecine française a aussi une très bonne réputation en Allemagne, ce qui a également guidé mon choix.
J’étais aussi très curieuse de connaître l’organisation en CHU avec de très grands hôpitaux, ce qui est fort différent du système de soins allemand. Je ne suis pas déçue et contrairement à vous, je trouve même la cuisine de l’hôpital savoureuse !

Comment se déroulent les études de médecine en Allemagne ?

Les études de médecine ne se vivent pas de la même manière en France qu’en Allemagne.
Ici, je rencontre tous ces étudiants, stressés, obsédés par leur concours de l’ECN, c’est incroyable.
En Allemagne, les études durent 6 ans, elles comprennent la phase préclinique (2 ans), clinique (3 ans) et pratique (3 ans). Je suis en 4ème année, et j’ai fait des études de psychologie avant de commencer. Nous sommes à l’hôpital de façon périodique, avec des examens réguliers pour valider nos compétences cliniques.
Quand j’entends parler de votre concours de première année, je suis un peu triste pour les Français. C’est une année qui semble difficile. Commencer des études de médecine de cette manière est un peu surprenant. En Allemagne, il faut avoir des compétences humaines pour pouvoir rentrer en faculté de médecine. Il y a un entretien, pendant lequel on nous demande pourquoi nous souhaitons faire ce métier. L’esprit de compétition n’est pas poussé à l’extrême.
Pendant mon cursus, j’ai moi-même pris une année sabbatique pour faire un tour du monde. C’est quelque chose de normal chez nous pour tous les étudiants, alors qu’en France, j’ai cru comprendre que c’était inconcevable.

Qu’est ce qui t’étonne le plus au contact des étudiants, des internes et des médecins ?
Ça peut sembler anodin, mais je trouve les médecins français plutôt bien habillés. Particulièrement les femmes. Elles sont très bien maquillées. Je n’ai pas souvenir, en Allemagne, de chirurgiens portant des boucles d’oreille ou du rouge à lèvres sous leur masque.
Pour l’instant, je n’ai travaillé que dans un hôpital français et pas encore fait tout le tour des services mais, je suis surprise du travail que l’on demande aux étudiants en médecine. Nous étions souvent trop nombreux. Les consultations étaient très intéressantes, mais le travail dans le service se résume à de la paperasse. Cela semble normal pour les étudiants français, mais j’espère que mon année ERASMUS ne se résumera pas à ça.
Les internes en Allemagne sont des médecins à part entière. Ici, je les trouve très stressés, constamment sous pression.

L’hôpital français est-il différent de l’hôpital allemand ?

Quand je suis arrivée, je n’avais pas de blouse. Un étudiant m’a donc donné la sienne. Il est inconcevable en Allemagne d’avoir des blouses aussi longues et que l’on garde aussi longtemps. Tout comme en Allemagne, je vois bien que l’hygiène est une obsession, mais je trouve qu’il y a quelques incohérences. En Allemagne, tout le personnel se change en arrivant. Ici, je crois que seuls les chirurgiens et les urgentistes doivent changer de vêtements.
Je suis allée en chirurgie, aux urgences, dans les services de médecine. Je suis assez surprise de la facilité d’accès à tout l’hôpital quand on est vêtu d’une blouse.
L’ambiance varie beaucoup d’un service à l’autre. Je remarque souvent une hiérarchie très pesante entre le chef de service et le reste de l’équipe. Ce qui me choque.

Comment va se dérouler la suite de tes études ? Que souhaites-tu faire ?

Après les 6 années de médecine, nous sommes immédiatement reconnus en tant que médecins. Notre salaire est d’environ 40 000 euros par an. Je crois que c’est loin du salaire d’un interne français ? Pour choisir sa spécialité, il est fortement recommandé de choisir selon ses affinités (utile pour faire un bon médecin). Il faut trouver un tuteur, qui peut pratiquer dans un hôpital public ou non, puis valider sa spécialisation après 5 ou 6 ans par un examen oral. À noter que de nombreuses femmes décident de faire une partie de leur internat en mi-temps, pour s’occuper de leur famille, il peut donc durer plus longtemps.
J’aime la France, mais je ne pense pas travailler dans ce pays. Certes les médecins sont bien payés mais au détriment de qualité de vie. Je n’ai toujours pas compris pourquoi les médecins généralistes n’ont pas d’infirmier(e) dans leur cabinet (rires).
Je suis vraiment heureuse de ne pas avoir fait mes études de médecine ici. C’est un vrai calvaire. Pour mon avenir, je me laisse le temps de réfléchir à mon projet familial et professionnel. Mais sans pression.

Le programme ERASMUS est un succès européen. Malheureusement, les étudiants en médecine français en bénéficient beaucoup moins que les autres. Les craintes de conséquences néfastes sur le plan académique et sur les résultats à l’ECN représentent le principal frein au départ.

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