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La formation en chirurgie en cours de « braderie » ?

Les chirurgiens s’insurgent contre la réduction programmée d’un an de la formation dans leurs spécialités
Enseignants et professionnels de la chirurgie s’insurgent contre un récent arbitrage ministériel prévoyant notamment de réduire d’un an la durée de la formation dans leurs spécialités, selon les récentes déclarations des Prs Olivier Farges et Hervé Thomazeau.

« Un récent arbitrage de nos ministères de tutelle [le ministère des affaires sociales et de la santé, et celui de l’enseignement supérieur et de la recherche] prévoit de réduire d’un an la durée de formation des chirurgiens, alors qu’elle se situait déjà tout juste dans la moyenne des pays européens, qui s’établit à sept ans », explique le Pr Farges, chirurgien à l’hôpital Beaujon (AP-HP) et président du collège français de chirurgie générale et de chirurgie viscérale et digestive, joint par l’APM. « Alors que, jusque là, les futurs chirurgiens bénéficiaient d’une formation de sept ans - cinq années d’internat, et deux années de clinicat sous statut d’assistant - nous avons appris, le 27 mai qu’il avait été décidé, le 13 mai, que, dans le cadre de la réforme en cours du troisième cycle des études médicales, la formation des futurs chirurgiens passerait à six ans : quatre années d’internat, et deux de clinicat, dont une année sous statut d’interne et une année seulement sous statut d’assistant », a-t-il précisé.

Les collèges représentant les 12 spécialités chirurgicales ont jugé ces mesures « inacceptables », a fait valoir Olivier Farges, mettant en avant « l’unanimité et la mobilisation » de l’ensemble des professionnels, « assez rares pour être soulignées ».« Réduire la durée de la formation d’une année représente un recul inquiétant pour la qualité de la formation des futurs chirurgiens », a-t-il souligné. « Réduire de 50% le temps de formation de mise en responsabilité (clinicat) sous statut d’assistant est tout aussi inquiétant », a-t-il insisté. « Une mise sous responsabilité sous statut d’interne, personne n’y croit », a-t-il poursuivi. « Ce n’est pas lisible, ni pour les patients ni pour les professionnels. Même l’Igas [Inspection générale des affaires sociales] le dit, dans un rapport issu de sa mission complémentaire sur la réforme du troisième cycle des études médicales ».

« Qui plus est, l’année de mise en responsabilité sous statut d’assistant ne s’effectuera pas pour tous au sein de CHU », a-t-il ajouté, relevant que les plus petits établissements n’ont pas tous la capacité à assurer un encadrement adapté à une dernière année de clinicat.

Une mobilisation de la profession…

Dans trois courriers, dont l’APM a eu copie, la profession s’est donc mobilisée, pour dire à ses ministères de tutelle son opposition à une telle « architecture de réforme de la formation ».

Rappelons que le 30 mai dernier, le Conseil national des universités (CNU) des 12 spécialités chirurgicales a écrit au conseiller enseignement médical et recherche du ministère de la santé et au conseiller santé du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, pour « informer les tutelles, qu’en l’état, ils ne pourront plus garantir : la qualité de la formation des étudiants en DES [ diplôme d’études spécialisés] de chirurgie ; la validation de la qualification des futurs chirurgiens au terme de ce cursus modifié ; la sécurité des soins apportée aux patients dans les services de chirurgie des hôpitaux publics ; et l’attractivité des spécialités chirurgicales ».

Le lendemain, c’est l’Académie de chirurgie qui faisait part aux deux conseillers ministériels de « ses plus vives inquiétudes sur la dégradation de l’enseignement et de la pratique de la chirurgie qui se dessine, au travers du manque de reconnaissance de ses spécificités de formation et d’exercice ».

Enfin, ce sont les professionnels des 12 spécialités chirurgicales, réunis au sein du conseil national professionnel (CNP) qui se sont adressés aux deux mêmes conseillers ministériels pour exprimer leurs inquiétudes : « Nous manifestons notre désaccord total avec ce projet, du fait des conséquences qu’il va entraîner sur une profession que nous vivons quotidiennement sous tension, notamment dans le secteur hospitalier public déjà en prise à des difficultés majeures de reconnaissance et d’exercice. Au-delà de la dégradation des conditions d’enseignement qui vous a été exposée par nos collègues universitaires, notre préoccupation principale est de voir décliner le niveau de formation des chirurgiens et la qualité des soins prodigués aux patients », précisent-ils.

« Ces trois courriers étant restés sans réponse, le CNU a alerté vendredi l’ensemble des professeurs des universités et maîtres de conférence des universités des 12 disciplines chirurgicales, et ont transféré ce message aux tutelles vendredi soir, y compris au conseiller santé à l’Elysée », a ajouté le Pr Farges.

Inquiétudes en termes d’exercice hospitalier

« Les chirurgiens, s’étonnent, s’inquiètent et s’irritent que la réflexion approfondie, concertée, menée depuis près de deux ans qui a conduit à une proposition argumentée de maquette de formation en chirurgie », n’a pas été prise en compte, a renchéri le Pr Thomazeau, chef de service au CHU de Rennes et président du collège français de chirurgie orthopédique et traumatologique, joint par l’APM. Surtout, a-t-il insisté, la profession alerte « les tutelles sur le fait que les mesures proposées concernent des spécialités déclarées sous tension, dans un contexte de réduction du temps de travail (moins 20% pour les spécialités chirurgicales) et de temps de présence de jour des internes dans les services (moins 40 à 50%) ». En outre, « le nombre de postes ouverts à la formation pour ces spécialités stagne depuis 2004 contrairement aux autres spécialités médicales faute de capacité d’encadrement ; et la France est sous-dotée en chirurgiens en comparaison de ses voisins européens ». Qui plus est, a-t-il insisté, « la réduction temps de présence des chirurgiens en formation dans les services va retomber sur les permanents - les praticiens hospitaliers... ce qui est pour nous un nouveau coup de pied donné à l’attractivité du métier de chirurgien hospitalier ».

Hervé Thomazeau a fait valoir que « sur les 10 dernières années, le taux de progression du recrutement des chirurgiens n’a été que de +7% dans le public, alors qu’il a été de +100% dans le privé. Nous assistons à une privatisation en cours de la chirurgie en France ».

Les enseignants de chirurgie et leurs instances universitaires, l’Académie de chirurgie, les conseils professionnels, « alertent la population sur le risque de voir se dégrader la qualité de la chirurgie française, au moment où plus de 28% des postes hospitaliers publics de chirurgie ne sont plus occupés, laissant libre la voie des recrutements hors diplômes français (43% des chirurgiens exerçant en France et inscrits au Conseil national de l’ordre, 2009-12) », ont-ils souligné dans un communiqué commun.

Dans leur courrier au ministère, les chirurgiens enseignants « renouvellent leur demande de participer à des discussions qui permettent d’aborder de façon constructive et responsable l’ensemble des sujets inhérents à cette réforme, notamment dans le cadre de la mise en place des GHT [groupements hospitaliers de territoire] ».

« Si nous ne sommes pas entendus.... la mobilisation devrait croître », a ajouté Hervé Thomazeau, faisant état de « retours de collègues, prêts à ne plus coder leurs actes, voire à ne plus réaliser certaines opérations », si les tutelles « n’entendent pas leur malaise ».

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