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La 1ère Communauté Médicale
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« Je ne crois pas à l’obligation d’installation ».

Pr Yvon Berland, président d’Aix-Marseille Université et de l’Observatoire de la démographie médicale des professions de santé : « Je ne crois pas à l’obligation d’installation ».

CR : Dir Com Aix Marseille Université 2016

Bio express

-  1979 : il obtient son doctorat en médecine

-  1998-2004 : Yvon Berland est doyen de la faculté de médecine de Marseille
-  2003 : il est nommé président de l’Observatoire national de la démographie des professions de santé
-  2004-2012 : président de l’Université de la Méditerranée
-  depuis 2011 : il préside le Cancéropôle de PACA et le conseil d’Administration de l’EHESP.
-  depuis 2012 : président de l’Université Aix-Marseille et
de la Commission santé CPU

Chef du Pôle Uro-néphrologie au CHU de Marseille, le Pr Berland exerce sa spécialité et assure ses missions en santé publique autour d’un même maître-mot : la rigueur. Préoccupé de longue date par les affectations des internes dans sa faculté, il rédige entre 2002 et 2011 dix rapports concernant la démographie médicale et la collaboration entre professionnels de santé. Convaincu depuis lors qu’il faut sortir du schéma « tout médecin », il se félicite des avancées récentes en matière de délégation de tâches. Président de l’Université Aix-Marseille depuis 2012, il nous livre sa vision de la PACES et indique à Remede.org que le passage au « tout DES » pour le 3ème cycle devrait théoriquement intervenir en septembre 2017.

-Comment vous avez décidé de vous orienter vers la médecine et quels sont vos meilleurs souvenirs d’étudiant ?
-  Dès tout petit, j’ai été attiré par la médecine. Je voulais « faire docteur », alors que mes professeurs de Terminale me conseillaient plutôt de faire Maths Sup. C’était un choix très profond et personnel : personne dans ma famille n’était médecin. Peut-être que le fait qu’il y ait eu des maladies lourdes dans mon entourage lorsque j’étais enfant a influé sur mon choix.
Je me souviens avoir trouvé les premières années d’étude excessivement difficiles. J’ai énormément travaillé. Ensuite, j’ai le souvenir d’une deuxième phase ardue au moment de la préparation de l’internat. Evidemment, ce n’était pas l’examen classant national tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Nous avions des chefs d’écurie, qui nous faisaient plancher sur des questions plusieurs soirs par semaine. Les 4ème, 5ème et 6ème années étaient consacrées à la préparation de l’internat et c’était très lourd. J’ai même arrêté le football, alors que je jouais à un bon niveau, et je n’ai plus fait qu’une seule chose : préparer l’internat. La pression était très forte car on réussissait ou on échouait à l’internat. Nous n’étions pas classés comme aujourd’hui, avec un choix possible quoiqu’il arrive.

-Quels ont été les facteurs déterminants dans votre choix de la néphrologie ?
-  Initialement, je voulais faire de la gastro-entérologie. Lors de mon troisième choix, j’ai opté pour la néphrologie, notamment pour faire un peu de soins intensifs et de la réanimation. J’ai été séduit pour trois raisons : parce que le service où j’étais (Hôpital de la Conception, Marseille) était organisé de façon très rigoureuse, ce qui me correspondait ; parce que l’ambiance de ce service était très bonne, ce qui est primordial lorsqu’on y passe beaucoup de temps (tous les trois jours environ, j’avais une garde de 24 ou 48 heures) ; enfin, parce que je me suis aperçu que c’était une spécialité très diversifiée. Immunologie, transplantation rénale, dialyse, réanimation, médecine interne : un panel très large qui limitait le risque de tomber dans une sorte de monotonie praticienne.


-  A quand remonte votre investissement dans le champ de la santé publique ?
Quelles sont les évolutions notables depuis que vous présidez l’Observatoire national de la démographie des professions de santé ?

-  En 1998, j’étais doyen de la Faculté de Marseille et déjà, j’étais très préoccupé par les problèmes d’affectation des internes. J’en avais beaucoup parlé avec Jean-François Mattei, qui était professeur dans cette même Faculté. Lorsqu’il est devenu ministre de la Santé en 2002, il m’a appelé pour me demander de rédiger un rapport sur la démographie des professions de santé. J’y ai beaucoup travaillé et ai découvert un sujet qui nécessitait une vision plus globale des acteurs de santé. En 2003, suite à ce rapport, j’ai proposé la mise en place d’un Observatoire de la démographie des professions de santé, que je préside toujours. Ces réflexions m’ont conduit à penser qu’il ne fallait pas envisager l’organisation de l’offre de soins à travers le seul prisme médical, mais au contraire intégrer les autres professions de santé dans cette organisation, autour de la création de nouveaux métiers et de délégation de tâches. En 2003, on m’a confié un second rapport et nous avons travaillé avec la HAS au lancement d’expérimentations. Tout cela a débouché sur la loi HPST, avec la possibilité pour des professionnels non-médecins d’exercer des tâches jusque là confiées uniquement à des médecins. Depuis, je n’ai cessé d’enfoncer le clou pour qu’on avance vers une médecine non pas sur la base du « tout-médecin », mais sur celle d’une intervention graduée des professionnels de santé, en fonction de leurs compétences. La dernière loi de santé publique définit des « pratiques avancées ». Petit à petit, les choses que j’ai souhaitées il y a plus de 10 ans commencent à se mettre en place, malgré de nombreux crocs-en-jambe.

-  Quel est votre avis sur cette question sans cesse reposée : faut-il remettre en cause la liberté d’installation des médecins ?
-  Je ne crois pas à l’obligation. Je déplore le fait que les étudiants ou les jeunes médecins ne soient pas au courant des mesures incitatives. Posez la question à 10 jeunes autour de vous : ils ne connaissent pas les dispositifs existants ! Il est urgent de mieux les informer de toutes les possibilités qui leur sont offertes.
Par ailleurs, il faut développer les cabinets collaboratifs, car les jeunes médecins ne veulent plus travailler seul. Aujourd’hui, il faut bien considérer qu’un jeune médecin ne souhaite pas avoir la même pratique que ses aînés. Si l’on ne comprend pas ça, on raisonne sur des schémas totalement dépassés. Un jeune médecin a envie d’avoir une vie sociale, une vie familiale. Au total, un médecin consacre moins de temps médical que l’un de ses aînés, il y a 30 ans.


-  La PACES est très sélective et le taux d’échec très élevé… un véritable « gâchis humain » pour certains. Comment y remédier ? Où en sont les expérimentations en vue de réformer cette 1ère année ?

-  Il est certain que le niveau de sélection est très élevé. Malheureusement, je ne suis pas certain que cela changera radicalement dans les prochaines années. A partir du moment où l’on met un numérus clausus, il y a toujours plus de candidats que de places… Probablement qu’on laisse croire à certains étudiants qu’ils peuvent réussir alors que ce n’est pas le cas. Je suis favorable à un travail en amont pour mieux orienter les étudiants et ne pas les laisser passer une ou deux années pour rien en PACES. Même si n’exagérons rien, après une première année, il y a toujours la possibilité de proposer des réorientations dans d’autres filières (sciences, droit…) pour les étudiants qui ont eu la moyenne. Dire qu’ils perdent deux années, ce n’est plus vrai, sauf pour ceux qui n’ont pas travaillé.
Il faut attendre ce que vont donner les expérimentations en cours à Angers et dans d’autres villes. Mais attention : je crois qu’il faut se méfier des transformations trop radicales. Je ne crois pas que ce soit une bonne chose, lorsqu’on est titulaire d’une licence en sciences humaines, d’entrer en 3ème année de médecine car on a manqué des connaissances fondamentales (physiologie, biologie, biochimie, etc..) qui vont faire défaut pendant toute la carrière médicale. Sauf si l’on veut transformer les médecins en techniciens de santé. Je précise qu’il s’agit de mon opinion personnelle, et non de celle des présidents d’Université.

-  Pour ce qui concerne le 3ème cycle, il est question de supprimer les DESC : pouvez-vous nous en dire plus sur ce point ?

-  Pour faire orthopédie, il fallait faire un DESC ; pour l’ophtalmologie, il fallait faire un DES… comment expliquer ces disparités ? Ce qui est proposé est un passage au « tout DES » pour le 3ème cycle : théoriquement, à partir de septembre 2017, toutes les formations de troisième cycle vont devenir des DES, quelle que soit la spécialité. La création d’options au sein des DES permettra des sur-spécialisations sans allongement de la durée totale de formation. C’est une très bonne réforme, qui répond à un souci de progression dans l’acquisition des compétences.

-  Pour finir, quels conseils donneriez-vous aux étudiants qui se lancent dans le cursus médical ou paramédical ?

-  Il faut redire que ce sont des études longues, exigeantes, qui demandent un investissement considérable et une grande rigueur. L’objectif, ce n’est pas d’être médecin, c’est d’être un bon médecin. Il faudra donc travailler toute sa vie pour mettre ses connaissances à niveau. Pour ne pas être déçu, il faut partir avec ces idées très claires dès le départ.

Propos recueillis par Sophie Cousin pour Remede.org

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