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La 1ère Communauté Médicale
médecine - pharmacie - odontologie - maieutique

J’ai toujours adoré faire des croquis à mes patients : Michel Cymes

Michel Cymes : crédit photo Nathalie Guyon/FTV
Bio express

  • 14 mai 1957 : naissance à Paris
  • 1991-1994 : chroniqueur à « Télématin »
  • 1998 : début du « Journal de la Santé » qui deviendra » Le Magazine de la Santé » et « Allo Docteurs » en 2007 sur France 5 (meilleurs scores d’audience sur la chaîne)
  • 2005 : il devient chroniqueur médical sur Europe 1
  • 2011 : il anime sur RTL les chroniques « Ca va déjà mieux »
  • depuis 2012 : il co-anime l’émission « Les pouvoirs extraordinaires du corps humain » (France 2)
  • 2014 : il est désigné pour la première fois personnalité préférée des Français par le magazine « Stratégies »
Le médecin-animateur préféré des Français conserve précieusement sa consultation d’ORL. Son goût de la pédagogie, le hasard des rencontres –mais aussi une bonne dose de culot- l’ont fait tomber dans la grande marmite du PAF, où il bouillonne d’idées de nouvelles émissions. Pour Remede.org, il revient sur ses mémorables années d’internat à Chartres et raconte quelques morceaux choisis de son dernier livre « Les Arnaques de la médecine »*.

Interview du mois :

-D’où vient votre vocation médicale ?
-  Déjà, vous pouvez enlever le mot « vocation » ! Je n’ai jamais eu la vocation de faire médecine… Disons simplement que je m’intéressais beaucoup aux sciences naturelles au lycée. En terminale D, j’ai commencé à penser que je pourrais choisir médecine, mais seulement si je faisais de la chirurgie.
Personne n’avait fait d’études dans ma famille, il n’y avait donc aucun médecin chez les Cymes. Le dernier endroit où ils sont allés, c’est à Auschwitz... J’ai été le premier à avoir le Bac, et encore je l’ai raté la première fois.

-Comment se déroulent vos études ?
-  J’obtiens mon Bac D au deuxième essai, avec mention « Assez bien ». Autant vous dire que lorsque j’arrive à Necker, la fac la plus difficile de France, je me dis que je n’ai strictement aucune chance de passer en deuxième année… Mon meilleur ami de l’époque –qui l’est toujours aujourd’hui – est aussi en médecine. Il est ma locomotive ! Le P1 est une année d’enfer, on bosse comme des fous. Je crois que je suis classé 110ème sur les 110 reçus (sur environ 1100 candidats). Le fait d’avoir ma première année du premier coup est miraculeux ! Ensuite, en 2ème et 3ème année, je découvre le métier et la passion d’être au contact des malades. Puis, c’est la deuxième prison : l’internat. On bosse comme des dingues, je rate Paris d’un quart de point et suis reçu à l’internat de Chartres. Ce n’est pas un internat prestigieux, mais l’avantage, c’est que nous ne sommes pas si nombreux et que nous passons dans tous les services. Samu, Urgences, chirurgie générale (un passage obligé à mon avis), etc…avant d’intégrer le service d’ORL. J’y suis le seul interne, et donc j’opère beaucoup. Au moment du service militaire, je baratine pour aller à Dakar, car il y a là-bas un excellent service de chirurgie ORL. Ca marche ! C’est une année extraordinaire : je n’ai jamais autant opéré de ma vie que là-bas, avec un prof très pédagogue.

-Quel genre d’étudiant êtes-vous ? Et de quel œil voyez-vous l’évolution des salles de garde et des traditions carabines, qui tombent peu à peu en désuétude ?
-  En arrivant à Chartres, j’ai tout rétabli dans l’internat : les règles en salle de garde (pas le droit de parler de médecine, ni de politique, ni de religion), les tonus, etc… Ca a super bien fonctionné pendant quelques années, avec une vraie convivialité et un compagnonnage. L’internat est alors un vrai sas de décompression. Quand vous venez de ramasser des accidentés sur la route et d’amputer au bloc, vous êtes bien content de retrouver vos potes pour déjeuner.
Alors, certes, ça déconne, ce n’est pas toujours léger, c’est parfois un lieu de débauche. Mais c’est aussi un vrai espace de liberté par rapport au corps et à la sexualité, une grande liberté qui est finalement très saine. Je trouve que l’on vit aujourd’hui dans une société très aseptisée. Quand je vais travailler à l’hôpital et que je vois les internes manger un sandwich à la cafétéria, au milieu des patients et des chauffeurs de taxi, je me dis que ce n’est pas très gai et qu’ils seraient mieux dans une salle de garde.

-Votre meilleur souvenir ?
-  Mon « enterrement » en 1989. A la fin de l’internat, vous passez devant un tribunal, avec votre avocat, un procureur, etc… On vous ressort toutes les conneries que vous avez pu faire les années d’avant et ensuite on vous promène dans un cercueil dans tout l’hôpital ! C’est complètement dingue.
Cette année-là, comme c’était aussi le bicentenaire de la Révolution, on s’est ensuite trimbalés dans une charrette dans les rues de Chartres. J’en garde un souvenir incroyable.

-Comment se fait votre choix de la chirurgie ORL ?
-  Déjà, j’étais plus un manuel qu’un intellectuel…De plus, en toute franchise, je pense que j’ai été attiré par l’aura que représentait la chirurgie et par la rémunération liée à cette carrière. Sans faire de thérapie familiale, je cherchais sûrement aussi à faire plaisir à mes parents, à les rendre fiers. Mon premier souhait était la chirurgie du cerveau, mais je n’avais pas l’intention de faire une carrière hospitalière. La gynécologie aussi m’intéressait beaucoup. Finalement, j’ai choisi la chirurgie ORL.

-Comment entrez-vous dans l’univers médiatique ? Etait-ce une idée que vous aviez déjà en tête ?
-  Pas du tout. Je sais seulement que j’ai toujours adoré expliquer aux patients, leur faire des petits croquis, etc. Lorsque je faisais mes allers-retours à Chartres, j’ai commencé à écouter la toute nouvelle radio « France Info », et notamment les chroniques santé. Je me souviens avoir chronométré cette chronique et en avoir rédigé quelques unes, que j’ai laissé traîner dans un tiroir.
Le déclic s’est fait par hasard, alors que je suivais un rallye dans le Sahara pour Europ Assistance, pour gagner ma vie. Là-bas, j’ai discuté avec des journalistes d’Europe 2 et en rentrant à Paris, j’ai commencé à leur écrire des chroniques scientifiques. En 1991, j’ai décroché une chronique médicale à « Télématin » et tout s’est enchaîné.

-Vu l’audience de votre émission, j’imagine qu’un certain nombre de consultations en France commencent par « Au Magazine de la santé, ils ont dit que… » . Comment vous positionnez-vous par rapport à ce rôle ?
-  Avoir été désigné comme l’une des personnalités préférées des Français me confère une grande responsabilité par rapport à mes confrères. Il est primordial pour moi aujourd’hui d’avoir une bonne image auprès de la profession médicale.
Le classement du JDD (4ème personnalité préférée des Français selon le « Top 50 » publié en août 2016, ndlr) m’a explosé en pleine figure et m’a fait prendre conscience de la responsabilité que j’avais par rapport au grand public.
Aujourd’hui, je considère que mon rôle est de faire passer des messages de santé publique. L’une des priorités dans notre pays est de se bouger ! Deux-tiers des Français sont sédentaires, c’est une catastrophe sur le plan sanitaire. Si je peux donner envie à certaines personnes de marcher ou de faire un peu de sport, c’est déjà bien.

-Pourquoi avez-vous conservé une consultation d’ORL ? Et comment parvenez-vous à tout faire ?
-  Mes consultations sont vitales pour moi : j’ai fait 12 ans d’études et c’est le métier que j’ai choisi. J’articule mon emploi du temps autour de mes deux demi-journées de consultation (à l’Hôpital européen Georges Pompidou, ndlr), et pas l’inverse. Je souhaite que mes employeurs ne me considèrent pas comme un journaliste mais comme un médecin avant tout. Si la télé s’arrête, je pourrais refaire médecine à temps plein et ça me plaira aussi.
Pour concilier le tout, je dirais que premièrement, je reste dans mon domaine d’expertise, la médecine, que je décline ensuite de différentes façons (consultations, télé, radio, livres…). Deuxièmement, je suis entouré de personnes extraordinaires : ce n’est pas facile de travailler avec moi car je ne tiens pas plus de 30 minutes en place !

-Vous publiez « Les arnaques de la médecine »*, un voyage à travers des siècles de charlatanisme et autres abus du pouvoir médical face aux patients crédules. Quelle est selon vous l’arnaque la plus grave de ces dernières décennies ? Et la plus drôle ?
-  La plus grave, ce sont les messages sans fondement scientifique véhiculés par certains médecins qui ont les lettres « Pr » devant leur nom. Je pense notamment au Pr Joyeux et à sa campagne anti-vaccination (il sera radié de l’Ordre des médecins à compter du 1er décembre 2016, ndlr). C’est le cas aussi en cancérologie : le cancer fait très peur et certains médecins se permettent de dire des bêtises à leurs patients. Comment est-il possible que certains médecins restent en place si longtemps ? Que les dossiers de ce type mettent si longtemps à être traités ? Cela m’interroge vraiment.
L’arnaque la plus drôle, ce sont toutes les thérapeutiques autour de l’hystérie féminine. A la fin du 19ème siècle, les médecins pensaient que l’orgasme permettait d’éliminer toutes les maladies chez la femme. Quand ils ne savaient plus quoi faire avec certaines patientes, ils leur donnaient un godemiché ! Il y a l’urinothérapie aussi, qui pourrait être drôle, si ce n’était aujourd’hui une dérive sectaire.

*Michel Cymes et Emma Strack, « Les arnaques de la médecine » (éditions du Chêne, octobre 2016)
Propos recueillis par Sophie Cousin

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