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La 1ère Communauté Médicale
médecine - pharmacie - odontologie - maieutique

Histoire de dissection

Souvenirs d’une semaine de dissection en P2...

C’est par un beau lundi matin que commencent les dissections (beau, pas vraiment, mais d’habitude, on commence toujours les histoires par un temps ensoleillé).
On a tous hâte de se frotter aux cadavres, après tout, c’est une étape symbolique dans les études médicales... ou plutôt, on en avait tous hâte jusqu’à ce qu’on les voit, les cadavres....
Au sixième étage des Sts Pères, dans l’antre où des personnes plus ou moins louches passent des heures plus ou moins torrides en compagnie de macchabées, des linceuls recouvrent des formes étalées sur des tables en acier.
L’imagination part vadrouiller... quels monstres informes se cachent là dessous ?
Tout le monde passe le rituel du passage de la blouse en papier jaune, des gants et de la recherche éperdue des bistouris, pinces et autres ustensiles de cuisine, euh pardon, de dissection. Chacun se contemple, on a l’air de pros, à défaut d’en être.

Le Pr B nous rappelle le respect que nous devons a des gens qui ont donné leur corps a la science, puis vient le moment fatidique de la levée du drap et du juron : "putain, le mien, il est tout gras, ça va être galère !" On est super nombreux par cadavre (environ 8, on commence à râler sur la pénurie, mais pourquoi sont-ils si peu nombreux à faire don de leur corps à la science, arf). Mais ça changera.

Au fait, c’est vrai qu’ils sont tout gris, et en plus, ils ont un trou dans le cou (par où on a injecté les divers produits chimiques pour les conserver et je ne sais pas trop quoi), ça craint. Et en plus, ils n’ont plus d’yeux ! Je détourne la tête, profondément dégoûtée, et j’ai cette superbe phrase : "il est pas normal, ce cadavre, madame, regardez, il a plus d’yeux !" La prof me regarde comme si j’étais un crétin (par carence iodée). En fait, les globes oculaires se sont desséchés et rétractés.

Puis vient le moment de faire la première incision. Prenant mon courage à 2 mains, et surtout mon bistouri (ça peut éventuellement aider), je me décide et je le brandis, telle un samouraï héroïque. Et puis non, ça ne va pas du tout. Je hoquète, la nausée m’envahit, et ma voisine a bien cru que j’allais lui vomir sur les chaussures. Heureusement pour ses chaussures, je me suis retenue, mais je suis allée bredouille faire un tour plus loin pendant qu’une copine, bien plus courageuse, réussit l’exploit de la première incision.

Une fois qu’on incise, qu’on commence à enlever la peau et les montagnes de graisses, ça dégouline partout, un liquide un peu jaunâtre, un peu brunâtre, bref, infâme... mais surtout, ça empeste. C’est littéralement une puanteur nausée-abonde (c’est de là que doit venir le mot). Bien sûr, en guise de mécanisme d’adaptation permettant la survie de notre fragile muqueuse nasale, on plante des quantités de bâtons d’encens qui fument de partout, ce qui donne l’impression d’une messe bizarre ou d’un rite barbare. N’oublions pas toutes les crèmes qui sentent si fort et qu’on applique délicatement sous le nez.

Alors voilà le début de nos aventures-dissection... pendant lesquelles presque tout le monde est devenu végétarien... et qui ne nous ont pas apporté grand-chose, excepté de voir la taille réelle des organes (qui eût cru que le foie fut si gros ?)

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