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La 1ère Communauté Médicale
médecine - pharmacie - odontologie - maieutique

Caro B., pharmacienne

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous donner un peu ton parcours jusqu’à l’entrée en fac de pharmacie ?

Au jour où je réponds à ces questions, j’ai 24 ans, viens d’achever mes études de pharmacie...et je suis depuis 2 mois en D1 !
Jusqu’au lycée, j’ai suivi un parcours plutôt classique (pas d’année d’avance, ni de retard) : bac général série scientifique spécialité physique - chimie.

Pourquoi avoir choisi la pharmacie à l’époque ? Pense-tu que ce choix était vraiment éclairé à l’époque ? (par les parents ? par les profs du secondaire ?). Regrettes-tu ton choix aujourd’hui ?

A vrai dire, je n’avais pas d’idée précise de ce que je voulais faire. Manque de confiance en soi, immaturité...beaucoup de mots de ce registre me viennent à l’esprit quand je repense à cette période.
J’étais dans un lycée où l’on voulait pousser un maximum d’élèves à faire des classes prépas. Découragée par mes notes en maths (je plafonnais à 6 dans mes meilleurs jours !), je ne me voyais pas passer des concours ou tenter médecine. Je ne m’estimais pas non plus suffisamment motivée pour tenter médecine : un de mes meilleurs amis voulait faire ça depuis qu’il avait 6 ans...pour moi c’était juste un métier certes passionnant, mais qui me dégoûtais par certains aspects...

J’ai pensé à faire pharma en janvier de ma terminale (peu de maths au concours !), car je souhaitais sortir de la fac avec un métier et tant qu’à faire dans un domaine qui m’intéressait. « L’Industrie » était alors, pour moi, synonyme de nombreuses possibilités, alors qu’en réalité je ne savais absolument pas en quoi cela consistait.

Concernant des influences sur ce choix, je ne peux pas le nier : ma mère est pharmacien (officine). Je pense que cela m’a permis de savoir que pharma offrait d’autres débouchés que l’’officine (l’officine ne m’a jamais attirée).

Aujourd’hui, en toute sincérité, je ne regrette rien : pharma est la meilleure des prépas pour faire médecine ! ;-) Plus sérieusement, j’apprécie le recul que j’ai pour aborder les différents cours et aussi le fait d’avoir un peu plus de maturité pour être confrontée à la réalité du monde hospitalier : je pense qu’à 20 ans j’aurais eu beaucoup de mal avec les premiers stages. Je suis maintenant aussi prête à m’investir pleinement dans ces études, alors que lorsque l’on découvre la vie étudiante, on est bien vite dispersé (ou du moins je l’ai été).

Tu entames aujourd’hui des études de médecine en utilisant la passerelle pharmacien->DCEM1, quelles sont tes motivations ?

Je vais manquer d’originalité : c’est ce mélange subtil entre la relation et l’entraide humaine, la connaissance de l’humain, l’envie d’apprendre et de progresser qui je pense m’a mené jusque là.
Ca peut paraître prétentieux, mais je pense que c’est ce que je voulais faire sans avoir osé l’exprimer ou sans savoir l’exprimer.
As-tu un désir d’accéder à un rôle bien particulier dans le milieu médical qui ne serait réservé qu’à quelques personnes au double cursus ?

Honnêtement, vu comment sont obtenus les choix de spécialités, je ne me risquerais pas à faire des pronostics ou à trop me focaliser sur un (des) domaine(s) de peur d’être déçue. Je ne vise donc aucun poste en particulier : être médecin, c’est déjà d’énormes responsabilités et j’espère seulement pouvoir un jour arriver à les assumer. Néanmoins, je reconnais que l’enseignement me plaît et heureusement il peut se décliner sous différentes formes : à l’hôpital ou en ville (un MG peut être maître de stage ;-). Je pense donc que je trouverai toujours quelque chose à mon goût. En revanche, je n’envisage pas (pour le moment ?) de carrière universitaire.

Comment as-tu vécu le parcours qui mène à l’autorisation d’entrée directement en DCEM1 ? Galère ou simple formalité ?

Effectivement, cela nécessite l’appellation de parcours ! En soit, réunir les documents pour constituer le dossier, n’est pas bien compliqué, c’est plutôt tout ce qui a concerné ma prise de décision qui a été difficile.

En ne me trouvant pas d’attirance particulière pour un métier parmi tous ceux possibles après pharma, j’ai eu l’impression par moments de me trouver en situation d’échec (alors que faire pharma, on ne peut pas considérer cela comme tel...). Nécessairement, j’ai vécu des périodes de doute par rapport à ce projet et par rapport à moi-même (Est-il « normal » de vouloir tout recommencer et changer une grande partie de sa vie, de choisir la difficulté quand tout semble acquis et facile ?). Ce choix est donc une remise en question totale qui prend du temps pour devenir constructive. Je conseillerais donc à ceux qui se lancent dans cette aventure de bien y réfléchir.

Avant d’arriver devant le jury au ministère, j’ai eu la chance de rencontrer les bons interlocuteurs au bon moment. A la fac de pharma, la conseillère d’orientation (que j’allais voir très régulièrement), m’a tout de suite prise au sérieux quand, en début 4ème année, je lui ai exprimé mon besoin de reconversion vers la médecine. Elle m’a encouragée à terminer mes études et m’a permis d’entrer en contact avec des personnes ayant tenté l’équivalence. Par ailleurs, grâce Remède j’ai pu rencontrer d’autres personnes en reconversion ou ayant réussi soit par la P1 ou l’équivalence. Ce fut une des étapes déterminantes pour rester motivée et terminer mes études.

Concernant ma famille, il a fallu aussi du temps pour leur expliquer et être comprise. Leur soutien (psy et matériel) m’était de toute façon indispensable pour poursuivre, autrement je n‘aurais pas envisagé cette reconversion.

Une autre étape déterminante a été mon année HU avec les stages cliniques en 5ème année. Plus de doutes possibles : c’était bien « Ca » ! Ce fut une année très enrichissante, l’occasion de rencontrer des médecins, des internes et externes prêts à partager leurs connaissances et leur passion. Je ne pouvais espérer mieux !

Avec quel état d’esprit es-tu arrivée pour débuter cette année de DCEM1 ? Quel est-il maintenant après quelques semaines ? Considères-tu cela comme une expérience qui peut s’arrêter d’une année sur l’autre si tu n’y trouve pas ton compte en utilisant le parachute « pharmacie » ou as tu la ferme intention d’aboutir coûte que coûte ?

J’avais l’impression de rentrer en 6ème ! Une grande impatience de commencer, de voir ma promo et revoir les remédiens.

Toujours aussi motivée. Depuis la première semaine, j’ai l’impression d’avoir fait une pause de 5 ans dans mes études. Les cours me plaisent, même si cela reste encore beaucoup de « fondamental » avec énormément d’anat. Je pense avoir bien choisi ma fac concernant les cours à rattraper. J’ai maintenant hâte de poursuivre et passer à la pratique avec les stages et voir de vrais patients (pas ceux des dissections !).

A ce stade (je veux dire après le temps que j’ai eu pour y réfléchir et mes différents stages), je ne pense pas pouvoir être déçue par la médecine...peut être par le système, mais j’ai le temps de voir.
En revanche, la seule déception que j’envisage serait celle venant de mes capacités. J’ai peur de devoir un jour reconnaître que je ne suis pas à la hauteur...donc potentiellement dangereuse pour mes futurs patients. Là, je crois que je remettrais à nouveau pas mal de choses en questions.

Pour le moment, en tous cas, je n’envisage pas de retour vers pharma (je veux être médecin !!!), mais cela reste une porte de sortie non négligeable et plus qu’honorable...mais cela reste mon dernier recours.

Jusqu’à maintenant ta promo te correspondait au niveau classe d’âge. Quel effet cela fait-il de se retrouver (probablement) la ou l’une des doyennes de l’amphi ?

C’est vrai que j’appréhendais un peu ce contexte. La réalité est tout autre : nous sommes 11 dans ma promo à être entrés en D1 par l’équivalence. Je suis donc loin de me sentir perdue et même loin d’être la plus âgée !

Je n’éprouve absolument aucun complexe et suis vraiment trop heureuse d’être en D1 pour penser à ces « détails ». Les « jeunes » de ma promo sont suffisamment ouverts pour ne pas avoir de réaction négative quant à notre arrivée. Il y en a surement parmi eux qui doivent penser que pour faire médecine il faut absolument passer par le concours de première année...mais pas la majorité en tous cas. Et tant mieux : cela facilite beaucoup notre arrivée.

Y’a t’il des différences (mentalité, enseignements...) qui t’ont sautées aux yeux dès le début entre ce que tu as pu vivre dans les amphis de médecine et ceux de pharmacie ?

Pas évident de répondre à cette question...je n’ai pas encore eu de « véritables » cours de médecine pour le moment. Les cours sont en tous cas tout de suite orientés vers la pratique, alors que ce n’était pas souvent évident de voir le côté pratique pour bon nombre de matières en pharma.

Quelles sont les facilités évidentes que t’accordent tes précédentes études pour réussir en médecine ? Quels pourraient être tes handicaps ?

Je ne pense pas que l’on puisse parler de facilités, car ça dépend des qualités de chacun. J’ai surtout énormément de recul ce qui me permet de comprendre pas mal de choses quand les profs font un lien rapide avec une pathologie : j’en connais déjà les grandes lignes (symptômes, examen clinique et traitement). Cela me permet donc d’aller plus vite sur certaines parties de cours et surtout de cibler les cours à rattraper (ou à revoir absolument) parmi les matières de P1 - P2. C’est donc un gain de temps précieux par rapport aux autres « passerelles D1 ».

Mes handicaps pourraient venir de cet avantage : l’impression de « déjà-vu » pourrait me donner l’impression de déjà su. Il faut donc que je reprenne tout comme si c’était la première fois que je l’apprenais et non pas passer trop rapidement en pensant que c’est acquis, car j’ai oublié quand même pas mal de choses...

Si la question n’est pas trop indiscrète, peux-tu nous dire comment tu joues la prolongation de tes études au niveau financier ?

Pour le moment, je compte énormément sur mes parents (merci !). Je réfléchis à me remettre à travailler les samedi (j’attendais de voir comment ça se passerait avec les cours). Je pense en tous cas travailler pendant l’été (surement en officine), mais concrètement ce n’est pas avec ça que je pourrai vivre.

Si la question n’est pas trop indiscrète non plus, comment as-tu envisagé cette prolongation d’études prenantes et un désir de maternité ?

Ca ne me pose aucun problème : Je ne suis absolument pas pressée devenir mère et puis d’ici là, il y a toujours la possibilité de prendre un congé mater pendant l’internat.

Enfin, que comptes-tu faire finalement à la fin de tes études ?

Heu...médecin ?
Plus sérieusement, je penche pour une spécialité médicale ou médecine générale.

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